André Helbronner

André Helbronner
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André Samson Seby Helbronner (אנדרה הלברונר), né le à Paris 10e (6, rue des Petits-Hôtels) et mort le en déportation au camp de concentration de Buchenwald, est un physicien, un chimiste et un inventeur français, fils d'une famille de notables alsaciens ayant refusé l'annexion de 1870.

Biographie

André Helbronner a été élève du lycée Condorcet, puis de l'École nationale supérieure de chimie de Paris sous la direction de Charles Friedel.

La Revue municipale de Paris, 16 décembre 1912.
Batteries de stérilisation de l'eau municipale par lampes à vapeur de mercure à Luneville en 1913 - système Henri-Helbronner-de Recklinghausen.
Cuves de stérilisation aux ultra-violets de l'eau municipale à Saint-Malo en 1913 - système Henri-Helbronner-de Recklinghausen.

Il soutient en 1904 en Sorbonne sa thèse de doctorat ès sciences physiques intitulée Contribution à l'étude des aldéhydes oxynaphtoïques[1]. Il est alors ami et élève des scientifiques allemands Nernst et Ostwald, et son maître à penser et de thèse n'est autre que le physicien Gabriel Lippmann (1845 - 1921), Prix Nobel en 1908. Il a été en France le premier professeur de chimie physique, d'abord à partir de 1906 à Limoges, puis à Dijon en 1908, et enfin au Collège de France. En collaboration avec Georges Claude (dont il se séparera pour cause "d'incompatibilité politique"), René Lévy et Raoul Pictet, il réussit à produire de l’azote liquide en 1905 par séparation de l'oxygène et de l'azote dans l'air liquide[2], et même un demi-litre de ce dernier en 1910. En 1908, il participe en vain à la tentative de distillation fractionnée de 120 tonnes d'air à Boulogne avec le professeur Moore, Claude, ainsi que les autres responsables d'Air liquide, pour tenter d'isoler deux ou trois nouveaux gaz inertes. Ses proches collaborateurs se nomment alors Ernest Alfred Vallée (travaux conjoints sur l'osséine en 1906[3]), Gustave Bernstein, W. Rudolfs, puis le professeur Victor Henri, Max von Recklinghausen (Compagnie française pour les applications de rayons ultra-violets) et enfin Pierre Pipereaut (pour le compte de la Compagnie Générale des Produits chimiques de Louvres), durant ces années 1910 (expert chimiste près le Tribunal civil et après avoir habité au 6 rue des Petits Hotels jusqu'en 1914[4], il réside alors à Suresnes pendant la période de la Grande Guerre, où il étudie durant deux ans l'effet bactéricide et l'accélération de la cicatrisation des plaies par l'action combinée des radiations visibles et ultraviolettes, sur plusieurs centaines de soldats dans les hôpitaux parisiens, avec Charles Benoît). Durant les années 1920 il travaille avec W. Rudolfs, Adolphe Jean-Baptiste Jouve pour la Société Hydro-Électrique et Métallurgique du Palais[5], puis avec l'anglo-indien — et futur collaborationniste fusillé en Espagne — Éric Edward Dutt (alias Chand, peu avant sa mort représentant officiel du parti révolutionnaire indien dans l'Espagne franquiste)[6]. Ces chercheurs éclectiques s'intéressent ainsi aux rayonnements ultraviolets, mettant au point plusieurs procédés de stérilisation de liquides ou de vulcanisations[7], obtiennent les premiers du caoutchouc chloré (ancêtre du PVC), développent les 1res substances détectrices d'encres sympathiques -capitales à l'orée de la Première Guerre mondiale-, et enregistrent une vingtaine de brevets dans les domaines les plus divers (cuir artificiel, pellicule pour la photographie, mécanismes d'ascenseurs hydrauliques, pile électrique, accumulateur à argent colloïdal, médicaments colloïdaux (dont Ag++), fabrication du ciment blane, vulcanisation et galvanisation par irradiations pour la résistance du caoutchouc -une dizaine d'années de travaux avec Gustave Bernstein sur le sujet-, distillation du bois, lampes à rayons ultra-violets avec Cooper-Hewitt[8], etc.).

Helbronner s'installe en 1917 aux États-Unis, sur la recommandation de Georges Clemenceau, pour participer au développement de l'industrie aéronautique américaine, grâce à ses vernis et colles pour ailes d'avions. Il obtient en 1932 la Grande Médaille d'Or de l'Institut Franklin, pour ses travaux sur la liquéfaction des gaz et sur les colloïdes.

Il fonde en mai 1928 la "Société pour le développement de l'Industrie des piles électriques" à son domicile avec Éric Dutt (fils de famille indienne aisée et chimiste de formation), pour la mise en valeur des brevets en rapport avec celles-ci. Tous deux font un appoint initial avec quatre brevets de 1927, pour 500 000 francs[9].

Au début des années 1930, il travaille pour la Monnaie de Paris, en liaison avec le commissaire chef-comptable Florimond Levol, sur la synthèse de l'Or[10]. Sous sa supervision Jacques Bergier (devenu spagyrite) obtient une transmutation du tungstène en or -quelques fractions d'once troy- en 1939. Ce dernier réitère avec succès l'expérience une trentaine de fois après-guerre, -toujours chez Helbronner- mais le prix de revient à grande échelle est démesuré par rapport à l'extraction[11] (Bergier donne un résumé de procédures hermétiques en 1960 dans le Matin des magiciens, et en 1970[12]).

Inventeur d'un générateur magnéto hydrodynamique en 1930, Helbronner oriente ses travaux dans le domaine de la physique nucléaire à partir de 1934, et crée avec quelques nouveaux scientifiques (Vladimir Gavreau...) et un financement industriel un laboratoire de recherche sur les propriétés de l'atome, qu'il installe à son domicile, 49 rue Saint-Georges à Paris. Il engage alors le jeune ingénieur chimiste Jacques Bergier (avec lequel il est censé avoir rencontré Fulcanelli un après-midi de , dans les locaux de la Société du Gaz de Paris, 28 place Saint-Georges (Paris 9e), l'un des anciens hôtels particuliers de la marquise de Païva), avec qui il étudie l'utilisation de l'eau lourde pour ralentir les neutrons dans la réaction de fission nucléaire, met au point un procédé de fabrication de deutériure de lithium, et produit la première synthèse d'un élément radioactif naturel, le polonium, à partir de bismuth et d'hydrogène lourd en volatilisant un filament de tungstène (...et de particules d'or à partir de copeaux de bois par la sublimation de ce même filament[13]). En 1939, il publie la loi (dite de Helbronner et Bergier) sur l’antagonisme physique entre les radiations solaires et radioactives.

Au printemps 1940, avec Bergier et Alfred Eskenazi, il dépose à l'Académie des sciences un dossier sur l’élaboration d’une bombe H[14]. Après être passé par Toulouse au début de l'occupation allemande, il rejoint le réseau de résistance Marco Polo, qui vient d'être créé dans la région lyonnaise. Il fait alors partie, avec quelques scientifiques comme Alfred Eskenazi (électronicien avant l'heure, auteur en 1938 de brevets sur l'asservissement aux trains d'impulsion et qui fournira à Lucie Aubrac de la part du réseau Marco Polo les papiers allemands pour entrer dans l'Hôpital de l'Anticaille afin de délivrer -entre autres- Serge Ravanel[15]), Jacques Bergier alias "Jacques Verne" et d'autres, du groupe dit « des Ingénieurs » qui étudie les avancées techniques des Allemands dans les domaines militaire et scientifique. Ils réussissent ainsi à mettre au jour les expérimentations des fusées V1 et V2, grâce aux renseignements d'un ingénieur russe travaillant sur place. Ils trouvent encore de 1941 à 1943 le temps et les moyens de travailler à des applications pour l'industrie textile (collages, mesures et automatismes liés aux tissus), grâce aux proches d'Eskenazi.

Arrêté peu avant son transfert à Londres par la Gestapo le à Lyon (dans sa chambre de l'hôtel de la Tour du Pin, transformée en laboratoire de fortune) sur dénonciation d'un certain Plouvier (milicien à la solde de Klaus Barbie), il passe par la suite 60 jours dans une cellule infestée de punaises de la prison Montluc, sans être rasé. Les Allemands essaient alors durant les tortures de le rallier à leur cause et de l'intéresser au programme V2[16]. Il n'avoue rien sur ses compagnons résistants[17]. Il est ensuite transféré couvert d'abcès dus aux piqures le vers le centre de triage de Compiègne, qu'il quittera le pour le camp de concentration de Buchenwald (matricule 44.975), où il mourra le d'une pneumonie, après avoir eu le temps d'écrire quelques lettres destinées plus tard à des familles de prisonniers analphabètes.

Anecdotes

  • Fort distrait, il arrivait fréquemment en tenues vestimentaires dépareillées à son laboratoire[18].
  • Il opéra empiriquement son propre chien d'une tumeur abdominale à l'hôtel de la Tour du Pin[19].
  • Au bloc 56 de Buchenwald, Helbronner enseignait le dimanche aux autres prisonniers comment utiliser au mieux pour éviter la faim les quelques calories des portions alimentaires réduites fournies par les gardiens[20].

Distinctions

Curriculum vitæ scientifique du Professeur André Helbronner.

Bibliographie

Réaction et fusion, base de la réalisation d'une bombe à hydrogène en mai 1940 en France.
  • Association Française Buchenwald-Dora et Kommandos (ABDK), archives documentaires historiques: ref ABDK II/7/6/3: article André Helbronner (1877 - 1945) Physicien et Chimiste Français dans Serment no 70 daté de (1/2p. avec photo), et tapuscrit biographique d'André Helbronner (3p.), tous deux écrits par Roger Arnould
  • Professeur Roger Laugier, « André Helbronner » (conférence), Revue de l'Information des sciences physiques, no 4, septembre , p. 34, repris dans la Revue de Chimie et Industrie,
  • Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le Matin des Magiciens, Ed. Gallimard, 1960
  • Louise Weiss, Mémoires d'une européenne (tome 2), « La Résurrection du Chevalier, - », 1974, page 275 : résumé des travaux scientifiques d'André Helbronner (par Jacques Bergier), dont le neveu par alliance était le frère de Louise Weiss
  • Pierre Ganz, « Jacques Bergier, l'espion des V2 », in Les grands espions de la seconde guerre mondiale, Historama, Ed. R.Y.B. 1974 (puis 1978), tome 2
  • Jacques Bergier, Je ne suis pas une Légende, Ed. Retz, 1977
  • Marcel Ruby, La Résistance à Lyon, - , Ed. L'Hermès, 1979
  • Bruno Permezel (préf. Jean-Paul Garin), Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours : 2824 engagements, Lyon, B.G.A. Permezel, , 740 p. (ISBN 978-2-909929-18-7 et 2-909-92918-3, OCLC 417567041, BNF 39108003)

Liens externes

Références

  1. « Helbronner : Aldéhydes oxynahtoïques », sur chimie.these.free.fr (consulté le ).
  2. La revue mondiale, volume 77, p. 230, 1908;
  3. Improvement relating to the treatment of ossein, décembre 1906, dans La Gazette de l'Inde, 1911, janvier-juin.
  4. "Etat statistique des juifs en 1914", G. de Lafont de Savines, aux bureaux de la "Revue antimaçonnique", 1 rue de l'Odéon, Paris VIe.
  5. Chromates ans bicarbonates manufacture of, novembre 23 1921 et mars 17 1922, dans The chemical Age, vol. IX n°226, october 13, 1923.
  6. Archives nationales britanniques.
  7. L'industrie du caoutchouc ("The rubber industry") : compte-rendu officiel du quatrième congrès international du caoutchouc, Londres 1914. Principaux débats et conférences, relus au congrès de New-York la même année.
  8. Le Patriote -socialiste- de Nice et du Sud-Est, article Georges Claude a retrouvé son chateau et sa fortune, 22 janvier 1950. p.1.
  9. "Le Droit - Journal des Tribunaux", 19 mai 1928.
  10. Parisians: An Adventure History of Paris, Graham Robb, 2010, W. W. Norton & Company.
  11. Fabriquer de l'or c'est possible, Nostradamus numéro 154, 20 mars 1975.
  12. Le trésor des alchimistes, Jacques Sadoul, 1970, éd. Publications premières.
  13. Jacques Bergier, La Grande Conspiration russo-américaine, Albin-Michel, 1978, p. 99.
  14. Titres - Brevets - Inventions, "Espace Jacques Bergier" (par Claude Thomas - trois plis cachetés entre mars et mai 1940, tables des comptes rendus de l'Académie, tome 226 daté de 1948, page 1655).
  15. Gérard Chauvy (préf. René Fallas), Aubrac : Lyon, 1943, Paris, A. Michel, , 456 p. (ISBN 978-2-226-08885-7, OCLC 37106588), p. 86), et Henri Noguères Histoire de la résistance tome 3;
  16. Raymond Aubrac: Résister, reconstruire, transmettre, Pascal Convert, section 1 21 octobre 1943, éd. du Seuil, mars 2011 (ISBN 978-2-021-00091-7);
  17. Geheimnis von Huntsville : Die wahre Karriere des Raketenbarons Wernher von Braun, Julius Mader (en), Deutscher Militärverlag, 1963, rééd. 1967, p. 197;
  18. Tapuscrit biographique de Roger Arnould
  19. Louise Weiss, Mémoires d'une européenne (t.2), « La Résurrection du Chevalier, juin 1940-août 1944 », 1974
  20. Le grand livre des témoins, Jean-Pierre Vittori et Irène Michine, témoignage de Edmond Ben Danou, éd. Les Éditions de l'Atelier/Éditions Ouvrières, p. 260, 2005 (ISBN 2-708-23799-3)

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