Unimétal

Unimétal
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Création Voir et modifier les données sur Wikidata
Disparition [1]Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité SidérurgieVoir et modifier les données sur Wikidata
Produits Produit longVoir et modifier les données sur Wikidata
Société mère Sacilor (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Effectif 25 000 ()[2]Voir et modifier les données sur Wikidata

Chiffre d'affaires 11,7 G F ()[2]Voir et modifier les données sur Wikidata

Unimétal est un ancien groupe sidérurgique français, fabricant de produits longs en acier au carbone. Fondé en 1984, comme filiale regroupant les activités d'aciers spéciaux des groupes Usinor et Sacilor, il disparait en 1999 avec la vente de l'usine de Gandrange à Ispat International.

Groupant à l'origine les complexes sidérurgiques de Gandrange-Rombas, de Thionville, de Neuves-Maisons, de Colombelles, Trith-Saint-Léger, le groupe de Longwy-Réhon, ainsi quelques usines compactes et mordernes comme l'aciérie de Montereau ou le laminoir à rails de Hayange, l'entreprise coordonne les efforts de restructuration du secteur. Héritant de plusieurs usines surdimensionnées et obsolètes, il poursuit les choix de fermeture déjà décidés tout en investissant dans les unités les plus pérennes.

Le groupe est partiellement démantelé en 1994, avec notamment la vente à Riva des usines spécialisées dans les armatures pour béton. Le nom disparait en 1999, avec la vente de l'usine de Gandrange-Rombas à Lakshmi Mittal.

Histoire

Fondation (1984)

Depuis la fin du XIXe siècle, les produits longs représentent la majorité de la production sidérurgique. Mais au tournant du XXe siècle, les produits plats (essentiellement les tôles) les remplacent :

Évolution du rapport entre consommation de produits plats / total (%)
1905 1913 1915 1925 1937 1938 1945 1954 1955 1957 1960 1964
États-Unis[3] 20,5 34,4 40,0 45 54,0 67,5 70,1 65,7
France[4] 19 29 39,4[5] 40 46,7[5]

La dynamique est donc très différente selon le type de produits : tandis que les produits plats prospèrent sur un marché dynamique, les produits longs et les aciers spéciaux[note 1] voient leurs volumes et leur marges se contracter inexorablement. Une idée forte est aussi la coopération entre deux grands groupes sidérurgiques concurrents, Usinor et Sacilor, en créant des entités capables de coordonner leur stratégie[7].

Le , les activités produits longs de Sacilor et d'Usinor (51 % et 49 % respectivement[8]) sont regroupées dans la branche Unimétal[9]. L'entreprise emploie alors 25 000 salariés pour un chiffre d'affaires consolidé de 11,7 milliards de francs[10]. L'ensemble groupe plusieurs ensembles :

Unimétal est, avec Ascométal et Creusot-Loire Industrie, la branche Production de la holding ASTER, contrôlée à 100 % par Usinor-Sacilor, et dédiée aux aciers spéciaux[11],[8]. La holding, qui comprend également un aval important, réalise 20,5 % du chiffre d’affaires du groupe Usinor-Sacilor. En 1985, en fin d'exercice, à l’occasion d’une augmentation de capital[8], Usinor cède à Sacilor ses parts d'Unimétal[12],[8].

Les groupes Usinor et Sacilor comprennent que l'évolution du marché amène à la fermeture inéluctable des complexes sidérurgiques historiques, que leur obsolescence ne permet pas de se repositionner sur les produits plats. Ainsi, Unimétal va poursuivre la stratégie de fermeture déjà engagée :

Restructuration (1994)

Au début des années 1990, les pertes sur les aciers longs d'Unimétal dépassent largement les bénéfices de Sollac sur les produits plats, et les exercices suivants du groupe Usinor-Sacilor sont globalement déficitaires[12]. Le groupe Unimétal est scindé en plusieurs entités, certaines sont vendues et d'autres sont fermées[9] :

  • en 1993, l'activité de production de ronds à béton, portée par les aciéries de Neuves-Maisons (où est le siège social) et de Montereau-Fault-Yonne, sont regroupées dans la Société des Armatures pour le béton (SAM)[note 2][15]. Cette nouvelle société, qui emploie alors 1 200 salariés en Europe pour un chiffre d'affaires de 2,3 Md Fr[16] et produit environ 1,3 Mt/an d'acier, est vendue en 1995 au britannique Allied Steel and Wire (ASW). Ce dernier, confronté à la fois à un creux de cycle dans le domaine de l'acier, entre 1997 et 1998, et à un taux de parité défavorable avec la Livre, revend en 2000 la SAM au groupe italien RIVA[15] ;
  • en 1994, l'usine de rails de Hayange devient Sogérail et quitte de fait le giron d'Unimétal[17] ;
  • en 1994, l'usine de Thionville, bien que transformée en petite aciérie électrique dès 1980, ferme[18] ;
  • en 1994, l’usine de Colombelles, près de Caen, ferme totalement. La décision avait toutefois été prise en 1991[19].

Démantèlement du groupe (1999)

En 1999, Francis Mer, PDG d'Usinor, décide de ne conserver comme cœur de métier d'Usinor que les produits plats. Ce qui reste d'Unimétal est vendu au plus offrant :

Sites industriels

L'usine de Gandrange-Rombas est fondée 1888 dans la vallée de l'Orne en Moselle. Pensée dès le début comme une usine géante, le complexe produit une gamme complète de produits longs[22]. De 1960 à 1976, un ambitieux plan d'investissement y est décidé afin de créer l'unique pôle lorrain de production de produits longs. Mais la stratégie est un échec complet et en 1982, l'usine se recentre sur un carnet réduit et des procédés conventionels[23].

En 1984, quand l'usine de Gandrange intègre Unimétal, elle est l'un des pôles de la nouvelle société[9]. Le site est toutefois menacé : quelques mois auparavant, le gouvernement a renoncé à la construction d'un train universel, au profit de fermetures progressives d'unités obsolètes[24]. Le site se spécialise progressivement sur le fil machine haut de gamme[25]. En 1988, est inauguré le Laminoir à Couronnes et à Barres (LCB)[26]. Enfin, en 1994, le site abandonne la filière haut fourneau, pour une élaboration à partir de ferrailles recyclées au four à arc électrique. Un four électrique à courant continu et double cuve (capacité de 165 t / 150 MVA[27] est mis en route en même temps qu'une nouvelle coulée continue de billettes de 155 mm[25].

Mais l'usine est pénalisée par le gigantisme du site et ne parvient toujours pas à être rentable. En 1999, l'aciérie et ses laminoirs (dont celui de la Société du Train à Fil de Schifflange[9]) sont vendus un franc symbolique à Ispat International[25].

L'usine de Thionville est fondée 1897, sur les bords de la Moselle afin d'alimenter en fonte l’usine allemande de Völklingen[28]. Après la Première Guerre mondiale, elle est transformée par la Société des Aciéries de Longwy en un petit site sidérurgique intégré[29].

En 1984, quand l'usine de Thionville intègre Unimétal, l'essentiel a déjà été fermé : les hauts fourneaux et les laminoirs ont été remplacés en 1980 par un four à arc électrique et une coulée continue[30]. Les effectifs ont été ainsi ramenés de 4 500 personnes dans les années 1960[31] à 548[32], et la capacité de production de 500 000 t/an de produits laminés[13] à moins de 200 000 t/an de billettes[32]. Il s'agit donc d'une unité profondément restructurée et dotée des outils modernes et indispensables à sa survie.

Mais le marché reste très difficile et l'usine est coupée de ses laminoirs aval, les trains à fil de Longwy et Neuves-Maisons[30]. En 1994, la production de produits longs est arrêtée, Unimétal Thionville disparait. Le four électrique est repris par Forcast, un fabricant de cylindres de laminoirs appartenant à Usinor et Cockerill-Sambre[18].

En 1984, quand l'usine de Neuves-Maisons intègre Unimétal, elle emploie 2 800 personnes et fabrique 700 000 t d'acier[33].

En 1995, au moment de la vente à Riva, l'usine est le siège social de la SAM : elle emploie 450 salariés[15] et peut fabriquer 850 000 t d'acier[33].

Les usines de Réhon et Longwy sont fusionnées dans l'ensemble l'ensemble Usinor-Longwy-Réhon en 1979, lorsque La Providence Réhon est rachetée par Usinor[13].

En 1984, quand l'usine intègre Unimétal, l'usine est en difficulté et fait travailler 5 700 personnes[34]. Le , le train à feuillard ferme[35]. Le , elle devient un site satellite de l'usine de Gandrange. Le , les convertisseurs LWS soufflent la dernière coulée de l'aciérie[13]. Le train à fil de Saulnes ferme en 1998[36], le train universel est revendu l'Arbed en 1993 et ferme en 2005[37].

L'usine de Montereau est une aciérie électrique compacte et moderne, mise en service en 1975. Son effectif au démarrage, de 380 personnes reste stable durant toute son existence. Par contre, la production augmente au gré des modernisations successives : de 150 000 t/an à son démarrage, la production est quadruplée au début du XXIe siècle[38].

En 1995, au moment de la vente à Riva, l'usine emploie 400 salariés[15].

L'usine normande est fondée 1910 par August Thyssen pour exploiter le minerai local. Après la première Guerre mondiale, elle passe sous le contrôle de Schneider et Cie et se développe rapidement. Spécialisée sur les produits longs, sa situation devient délicate dès 1978 mais les nationalisations de Pierre Mauroy lui accordent un bref sursis[19].

En 1984, quand l'usine intègre Unimétal, 3 500 personnes y travaillent[19]. Un énergique plan de modernisation permet à l'usine d'améliorer ses performances et de s'orienter vers le fil machine. En 1991, les effectifs de l'usine ont été réduits à 1 200 personnes[39]. Pour autant, très exposée aux importations, elle perd continuellement de l’argent[19].

En , la décision de fermeture est publiée. Elle devient effective en [19]. Unimétal a en fait renoncé à basculer vers le modèle d'aciérie électrique[39]. 1 312 emplois sont supprimés. Le train à fil, construit en 1973, part moderniser celui de l'usine métallurgique d'Imphy (où, au début des années 2000, il tourne encore) et l'aciérie à l'oxygène part en Chine[40].

L'usine à rails de Saint-Jacques, à Hayange, s'incrit dans le complexe sidérurgique de Hayange-Florange. Inaugurés en , les laminoirs « passent pour les plus importants de l'Allemagne, sinon de l'Europe »[41]. En 1963, Saint-Jacques est transformée en train universel[42],[note 4]. Au début des années 1970, le train universel de Saint-Jacques est modernisé pour laminer efficacement les rails[42] tandis que l'aciérie de Saint-Jacques est fermée[43].

Quoique isolée de son amont, l'usine est très performante. En , à la suite de la fermeture de l'usine de Micheville, l'usine devient le seul laminoir à rails de France. En 1994, l'usine devient Sogérail et quitte de fait le giron d'Unimétal[17].

L'usine sidérurgique de Trith, dont la fermeture avait été programmée dès 1976, achève de fermer l'essentiel de ses installations en 1986. Elle employait près de 5 000 personnes à la fin des années 1960[14].

Notes et références

Notes
  1. Le groupe Ascométal est fondé en 1985 comme filiale d’Usinor dédié aux aciers spéciaux. Il groupe « des débris de l'industrie française des aciers spéciaux, qui avait perdu le tiers de ses parts de marché en quatre ans »[6].
  2. La SAM intègre également 6 filiales de transformation : trois anciennes filiales d'Unimétal : Acor en France, Drahtwerk Ludwig en Allemagne, et Ilro en Italie ; deux anciennes filiales de l'Arbed cédées en 1995 : TB Gand en Belgique, ainsi que TB Roermond aux Pays-Bas ; TFE en Belgique. Avec ces acquisitions, en 1995, la SAM emploie 1 500 salariés en Europe et produit environ 1,3 Mt/an d'acier[15].
  3. Sogérail est vendu 845 millions de francs (montant correspondant à son chiffre d'affaires). Le site compte 475 salariés[17].
  4. Le principe du train universel est originaire des États-Unis. Il a été mis au point avant la Seconde Guerre mondiale pour résoudre les problèmes liés au laminage des poutrelles à ailes parallèles (IPE), plus économiques d'emploi que les poutrelles à faces intérieures inclinées de type IPN[42].
Références
  1. « https://www.lesechos.fr/1999/05/ispat-paiera-unimetal-et-ses-filiales-653-millions-de-francs-769237 »
  2. a et b « Unimétal reprend une partie des dettes d'Usinor et de Sacilor »
  3. Jean-Yves Debost et Bernard Réal, Les rapports des industries de la manutention avec l'évolution des processus de production et des moyens de transport dans le cours de l'internationalisation du capital, Université des Sciences Sociales de Grenoble, Institut de Recherche Économique et de Planification, (lire en ligne [PDF]), partie 2, p. 47-64
  4. Jean Thomas Casarotto, La sidérurgie des Wendel entre Orne et Fensch 1704-1978, Fensch Vallée Éditions, (ISBN 978-2-916782-93-5), p. 487.
  5. a et b J. Beaujeu-Garnier, « La sidérurgie française », L'information géographique, vol. 26, no 3,‎ , p. 95 (lire en ligne)
  6. « Ses marchés se sont effondrés en 1993. Ascométal plie mais ne rompt pas », L'Usine Nouvelle, no 2445,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. Pascal Raggi, « Le plan acier de 1984 et la crise de la sidérurgie en Lorraine : L’alternance et la première cohabitation vues des régions », dans Sylvie Ollitrault et Gilles Richard, Les années Mitterrand, 1984-1988, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 310 p. (ISBN 978-2-7535-8870-7 et 978-2-7535-7313-0, DOI 10.4000/books.pur.165227, lire en ligne), p. 251-262
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  11. « Le holding Aster réunit les aciers spéciaux d'Usinor Sacilor », Les Échos,‎ (lire en ligne, consulté le )
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  13. a b c et d Jacques Corbion (préf. Yvon Lamy), Le Savoir… fer — Glossaire du haut fourneau : Le langage… (savoureux, parfois) des hommes du fer et de la zone fonte, du mineur au… cokier d'hier et d'aujourd'hui, , 5e éd. [détail des éditions] (lire en ligne), § Saga des hauts fourneaux de Lorraine : leurs campagnes de marche
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  28. Philippe Stachowski, L'usine de Thionville : Un siècle d'histoire sidérurgique 1880-1980, Serge Domini Éditeur, (ISBN 2-912645-79-4), p. 10-11
  29. Stachowski 2005, p. 14
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  32. a et b Stachowski 2005, p. 214-215
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  37. « Société du Train Universel de Longwy Herserange (France) » (consulté le )
  38. Odile Lassère, « La SAM, Société des Aciéries de Montereau », dans Nicolas Pierrot et Gilles Richard, L'industrie Au Vert : Patrimoine industriel et artisanal de la vallée de la Seine en Seine-et-Marne, Pari, Somogy, , 296 p. (ISBN 978-2-7572-0936-3, lire en ligne), p. 194-196
  39. a et b Nathalie Travadon, « Une locomotive économique qui s'est essoufflée », Ouest-France,‎ (lire en ligne, consulté le )
  40. Magdalena Tauroginska et Jean-Louis Montagut, la Société Métallurgique de Normandie, la SMN 15 ans après, 3 et 4 février 2005 (lire en ligne)
  41. Jean Thomas Casarotto, La sidérurgie des Wendel entre Orne et Fensch 1704-1978, Fensch Vallée Éditions, (ISBN 978-2-916782-93-5), p. 300-302
  42. a b et c Casarotto 2023, p. 480-483
  43. Casarotto 2023, p. 553

Voir aussi

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