Projet Wallonia

Le projet Wallonia est un plan de création d'un nouvel État européen imaginé par le président américain Franklin D. Roosevelt et proposé à ses partenaires alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce projet vise à redessiner le contour des frontières de l'Europe occidentale qui concerne des territoires de la Belgique, de l'Allemagne, du Luxembourg et de la France. Ce projet n'a débouché sur aucune concrétisation.

Contexte

En 1942, différents projets de redessiner les frontières de l'Europe occidentale voient le jour. Le vice-président américain Henry Wallace propose ainsi de rattacher la Belgique et les Pays-Bas à la France. Le général de Gaulle a aussi un projet d'occupation de la Sarre en Allemagne en vue de la création d'une sorte de zone tampon. Lors des conférences de Yalta et Potsdam, Joseph Staline a quant à lui redessiné avec l'aval des alliés américain et britannique les frontières orientales de l'Allemagne, Finlande, Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie et Bulgarie et en faisant disparaître définitivement l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Dans l'histoire européenne, l'idée pour les puissances victorieuses de redessiner les contours de l'Europe à la faveur d'une guerre est une constante pour des raisons diverses : mettre la main sur les territoires de pays vaincus, assurer sa domination économique et la sécurité des frontières en empêchant définitivement les vaincus de retrouver une quelconque puissance. L'objectif pour les Américains était en particulier de créer une paix stable en Europe.

Histoire

L'idée d'un État tampon est évoquée par Franklin D. Roosevelt à partir de juin 1942 lors de conversations informelles avec des personnalités politiques britanniques comme le Premier ministre Winston Churchill et son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden qui reçoit cette proposition avec humour ou luxembourgeoise telle que Charlotte, grande-duchesse de Luxembourg. Selon la carte proposée par les Américains, la Wallonie (appelée Wallonia) aurait été séparée de la Flandre et aurait englobé peut-être le Luxembourg, le nord et l'est de la France (Alsace-Lorraine) et la Ruhr, formant ainsi un puissant État tampon entre les ennemis de toujours, la France et l'Allemagne[1]. Au ministre anglais Oliver Lyttelton, il indique également que la Flandre deviendrait un petit État indépendant baptisé Flamingia[2].

La président américain Franklin D. Roosevelt.

En ce qui concerne la Belgique, ce petit pays n'est pas, selon le président américain, en mesure de repousser une invasion. La preuve en étant qu'il n'a pas pu résister lors deux conflits mondiaux ce qui explique qu'il est le champ de bataille habituel résultant de la rivalité entre l'Allemagne et la France datant de la guerre de 1870. Des territoires lui seraient donc adjoints[3]. L'État Wallonia, sorte de nouvelle Lotharingie, deviendrait ainsi un grand ensemble ayant un sens au plan politique et constituerait surtout un géant industriel permettant le redécollage de l'Europe occidentale d'après-guerre.

La partie ouest de la France serait quant à elle occupée sous le régime du Gouvernement militaire de l'armée des États-Unis en France (AMGOT). L'explication de l'application de ce régime d'occupation militaire en France est que le président américain considérait ce pays comme irrémédiablement affaibli après sa défaite et par son hostilité envers le général de Gaulle qui pouvait, selon lui, se muer en dictateur à la fin du conflit[4],[3]. Sur le plan stratégique et militaire, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique assureraient de leur côté la stabilité et la paix en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Pendant plus d'un an, ce projet reste à l'état d'alternative faisant l'objet d'un brainstorming avec les autorités politiques et militaires alliées. Le président évoque de nouveau l'idée d'un État tampon lors d'une réunion avec son état-major le indiquant : « Il pourrait peut-être être nécessaire d'avoir un État tampon entre l'Allemagne et la France. Cet État tampon pourrait aller du nord de la France, disons Calais, Lille et les Ardennes, jusqu'à l'Alsace et à la Lorraine. Autrement dit, de la Suisse jusqu'à la côte. Ce serait un seul État tampon »[3].

Début 1944, le président tchèque Edvard Beneš confie à René Massigli, commissaire aux Affaires étrangères du Comité français de libération nationale (CFLN) : « j'étais parti en croyant Roosevelt antigaulliste. Il était antifrançais. La preuve en est qu'ayant appris le projet allemand de former un état de Wallonie comprenant le nord de votre pays, votre Alsace et votre Lorraine, il en a approuvé le principe »[5].

Étant au courant des plans de Roosevelt, De Gaulle agit sur deux niveaux : négociation en façade avec les Américains en sachant qu'ils ne veulent pas négocier et mise sur pied d'une stratégie secrète. Dès l'invasion du territoire français en 1944, le gouvernement Gaulliste prendra de vitesse l'AMGOT et l'armée américaine en réinstallant des autorités mandatées par ses soins dans les préfectures et en obtenant rapidement le ralliement public de la population française à la personne du général De Gaulle[6].

Le projet Wallonia ne trouvera en fin de compte aucune concrétisation en raison du scepticisme des alliés européens et de l'évolution de la situation militaire et politique en Europe en particulier après le débarquement de Normandie[7].

Paradoxalement, Jean Monnet, qui était en bons termes avec les américains, et Robert Schuman récupèreront à la fin des années 1940 l'idée de créer un géant économique en s'appuyant sur les bassins industriels français, belge, luxembourgeois et allemand pour former la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)[6].

Filmographie

Le film La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom (deuxième partie) long-métrage consacré au général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale, évoque le projet américain de création d'un nouvel État Wallonia.

Notes et références

  1. (en) Justus D. Doenecke et Mark A. Stoler, Debating Franklin D. Roosevelt's foreign policies, 1933-1945, Lanham, Rowman and Littlefield Publishers, (lire en ligne), p. 55
  2. Institut d'histoire des conflits contemporains , Institut de stratégie et des conflits, Commission française d'histoire militaire, Guerres mondiales et conflits contemporains, Vendôme, Presses universitaires de France, (lire en ligne), p. 171
  3. a b et c Les Observateurs/Quang PHAM, « Les États-Unis voulaient-ils occuper et démembrer la France, comme le dit "La Bataille de Gaulle" ? », (consulté le )
  4. (en) P.M.H Bell, France and Britain, 1940-1994: The Long Separation, Londres et New York, Longman, (lire en ligne)
  5. Eric Branca, 300 jours, Paris, Librairie Académique Perrin, (lire en ligne)
  6. a et b Eric Branca, L'ami américain, Paris, Perrin, (lire en ligne)
  7. Eric Branca, L'ami américain, Québec, Librairie Académique Perrin, (lire en ligne)

Voir aussi

Bibliographie

  • Anthony Eden, The memoirs of Anthony Eden, éd. Houghton Mifflin,1960.
  • Éric Branca, L'ami américain, éd. Perrin, Paris, 2022.
  • Mario Rossi, Roosevelt and the French, éd. Praeger, Westport, Conn. u.a., 1993.
  • François Duchêne, Jean Monnet the First Statesman of Interdependance, éd. Norton, New York, 1994.
  • E. L. Woodward, British foreign policy in the Second World War : vol 5, éd. H.M. Stationery Off, Londres, 1962.
  • Robert Rothschild, Peace for our time, éd. Brassey's defence publishers, Londres, 1988.
  • Corneliu Bogdan, Eugen Preda, Spheres of influence, Social Science Monographs : Distributed by Columbia University Press, Boulder, New York, 1988.
  • Michael Francis Palo, Neutrality as a policy choice for small/weak democracies : learning from the Belgian experience, Brill Nijhoff, Leiden ; Boston, 2019.
  • Jacques de Launay, Secret diplomacy of World War II, Simmons-Boardman, New York, 1963.
  • Hubert Miles Gladwyn et Jebb Gladwyn, The memoirs of Lord Gladwyn, Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1972.
  • Paul St-John Mackintosh, The liberation of Strasbourg 1944, éd. Amberley publishing, 2024 (ISBN 9781398123557).

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