Marcel Sutter

Marcel Sutter
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Marcel Sutter, né le à Mulhouse, mort le à Halle-sur-Saale, est un incorporé de force, témoin de Jéhovah, exécuté par les autorités nazies pour avoir refusé de servir dans la Wehrmacht.

Biographie

Marcel Sutter naît à Mulhouse, en Alsace annexée de fait, dans une famille dont le père, employé des chemins de fer, avait été blessé sous l'uniforme allemand durant la Première Guerre mondiale. Électricien et technicien radio de formation, il partage avec sa famille un attachement fervent à la foi des Témoins de Jéhovah[1],[2],[3].

À la suite des décrets d'incorporation forcée d'août 1942, il est convoqué avant le dans un centre de recrutement militaire. Il refuse de s'y présenter, invoquant ses convictions religieuses. Entendu le par la police locale, devant laquelle il justifie son absence par ses convictions religieuses, qui lui interdisent tout service armé, il est arrêté par la Gestapo, puis interné à Mulhouse avant d'être transféré le au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. Incorporé le , il est affecté au 342e bataillon de dépôt des Grenadiers à Neuhaus. Tombé malade en cours de route, il est hospitalisé à Budweis. Le , il réitère devant les autorités militaires son refus de servir, en invoquant les mêmes motifs religieux. Déféré devant le tribunal de la division 193, il est soumis à plusieurs reprises aux mises en garde des autorités sur les conséquences de sa position, sans qu'aucune ne le fasse revenir sur sa décision. Arrêté une seconde fois, il est interné à Prague, puis transféré le à Berlin-Tegel, avant d'être conduit le à la prison militaire du Fort Zinna de Torgau[1],[2],[3].

Le , Marcel Sutter comparaît devant le 3e sénat du Reichskriegsgericht (« cour martiale du Reich »), présidé par le docteur Schmauser. Il est reconnu coupable de démoralisation de la force armée et de refus du service militaire ; en application de l'article 5, §1/3, de l'ordonnance exceptionnelle de droit pénal en temps de guerre (Kriegssonderstrafrechtsverordnung, KSSVO), et compte tenu de l'article 48 du Code pénal militaire (Militärstrafgesetzbuch, MStGB) qui exclut le motif religieux de tout fait justificatif, le tribunal prononce la peine de mort, assortie de la perte des droits militaires et civiques. L'obstination de l'accusé est expressément retenue comme circonstance aggravante. La sentence est confirmée le par le lieutenant-général von Hase, avec instruction que la décision ne soit pas rendue publique. Cette condamnation s'inscrit dans un contexte de répression systématique : entre le et le , 112 témoins de Jéhovah avaient été envoyés à la mort par le Reichskriegsgericht pour avoir refusé de rejoindre les rangs de la Wehrmacht[1],[2],[3].

Transféré le à la prison Roter Ochse de Halle-sur-Saale, Marcel Sutter est guillotiné le lendemain à 17h08 par le bourreau Herr — sixième Alsacien à être exécuté dans cet établissement, après Marcel Schweitzer, guillotiné huit minutes avant lui. Peu avant son exécution, Marcel Sutter adresse à sa famille une dernière lettre dans laquelle il exprime sa foi inébranlable et son acceptation de la mort au nom de ses convictions. L'urne funéraire, placée dans la tombe n° 1293, section 4, du Gertraudenfriedhof de Halle, est exhumée le en vue de son rapatriement en France ; elle est finalement inhumée le à la Nécropole nationale du Pétant[1],[2],[3],[4].

Distinctions

Notes et références

  1. a b c et d Stroh 2016.
  2. a b c et d Gerhards 2014.
  3. a b c et d Stroh.
  4. Base des sépultures de Guerre, « Sutter Marce », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  5. a et b Hilbold 2026, p. 56.
  6. Base des Alsaciens-Mosellans incorporés de force dans l'armée allemande, « Sutter Marcel », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  7. Base des déportés-résistants, « Sutter Marcel », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  8. Base des médaillés de la résistance, « Sutter Marcel », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

  • Frédéric Stroh, Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA) (ill. Christophe Clavel), « Marcel Sutter », dans Eric Le Normand, La résistance des Alsaciens, Fondation de la Résistance, département AERI, (ISBN 978-2-915742-32-9). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Auguste Gerhards, Tribunal de guerre du IIIe Reich : des centaines de Français fusillés ou déportés : Résistants et héros inconnus 1939-1945, Le Cherche midi, (ISBN 9782749120676, lire en ligne), « Sutter Marcel ». Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Ilse Hilbold, « Marcel Sutter », Historia, no 949,‎ , p. 56. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Auguste Gerhards, Morts pour avoir dit non: 14 Alsaciens et Lorrains face à la justice militaire nazie, la Nuée bleue, (ISBN 978-2-7165-0713-4).
  • Frédéric Stroh, « Les malgré-nous de Torgau: des insoumis alsaciens et mosellans face à la justice militaire nazie », BnF ISBN, l'Incongruiste éd,‎ (ISBN 9782952735407).

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