C'est durant la Première Guerre mondiale que Jean Orcel termine ses études secondaires au lycée Henri-IV. Dispensé du service militaire pour raison médicale, il obtint sa licence ès sciences à la faculté des sciences de Paris en 1917. Les horreurs de la guerre, auxquelles il est très sensible (il est d'une famille de médecins), et le rôle des industries et de la science (notamment physique et chimique) durant le conflit (avec les soldats en guise de cobayes) le convainquent du cynisme des cercles dirigeants et possédants, et de la nécessité de trouver d'autres alternatives au système social capable d'engendrer pareils phénomènes. Il se passionna pour la recherche minéralogique[2], en apportant à l’étude des minéraux la rigueur et la méthode de sa formation physicochimique[3].
Carrière
Muséum national d'histoire naturelle
Nommé préparateur titulaire de minéralogie au Muséum national d'histoire naturelle en 1920, puis assistant de minéralogie en 1927, il y eut pour maître le professeur Alfred Lacroix. De 1917 à 1927 il se consacre prioritairement à l’étude des chlorites, avec des applications importantes dans les domaines de la chimie, de la métallurgie et de certains contrôles industriels[4]. C’est aussi dans cette période qu’il commença sa collaboration à la Carte géologique de la France, notamment en Corse, pays des ancêtres de son épouse Jeanne Bianconi. Durant ces années, il milite aussi sur le plan politique, dans les mouvements socialistes. Il fut aussi vice-président de l'Union rationaliste.
En 1930, il fut nommé sous-directeur puis, en 1937, professeur au Muséum et directeur de laboratoire à l'EPHE. De 1927 à 1937, il étudia les propriétés optiques des minéraux opaques, très importants d’un point de vue industriel car ils font partie des constituants des minerais métalliques. Pour permettre ces études, il développa un outil innovant, le microscope polarisant à lumière réfléchie[5],[4].
En 1963, il fut élu membre de l’Institut, à l’Académie des sciences, au fauteuil du géologueCharles Jacob[7]. Une de ses grandes œuvres fut l’enrichissement de la collection de minéraux du Muséum. Dans la continuité de son maître Alfred Lacroix, dont l’œuvre en muséologie des minéraux fut considérable et qui doubla le nombre de minéraux présentés dans la galerie de Minéralogie, Jean Orcel obtint de Louis Vésigné, l'un des plus grands collectionneurs de minéraux au monde, qu'il lègue 5 000 pièces inestimables de sa collection au Muséum. 15 000 autres seront rachetées par le Muséum aux héritiers de Louis Vésigné.
La décennie 1937-1947 fut marquée par la Seconde Guerre mondiale, l'Occupation et la nécessité de mettre à l’abri les collections du Muséum. Sept tonnes de minéraux furent ainsi inventoriés, emballés, mis en caisses et envoyés en province. Plus que jamais révulsé par les crimes des nazis contre l'humanité et par la collaboration, Jean Orcel participa activement à la Résistance parisienne, connut Frédéric Joliot-Curie et rejoignit le PCF[9],[10].
Quelques mois après sa retraite, il inaugura la galerie rénovée de Minéralogie au Muséum, dont il était le principal artisan. Par ailleurs, sa passion pour les « pierres messagères du cosmos » se traduisit par l’exposition « L’Aventure des météorites », en 1969. Ses études avaient en effet montré que ces « dons du ciel à la Terre » étaient des fenêtres ouvertes sur l'histoire du système solaire, des astéroïdes et des planètes[13].
Accessibilité de la minéralogie au grand public
Les professeurs Simone Caillère et François Kraut, ses élèves au Muséum, le définissent comme un enseignant charismatique et estimé de ses étudiants, qui a rendu la minéralogie accessible au grand public en participant au classement et à la mise en valeur des collections du Muséum. Jean Orcel fut aussi un humaniste passionné par ses engagements dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et aux côtés de scientifiques, de philosophes et autres penseurs français et européens proches des mouvements socialistes et du communismeidéaliste. Avec la même confiance, il croyait à l'avenir du nucléaire civil, à la solution de tous les défis énergétiques par le progrès scientifique et technique, à la dissuasion nucléaire mutuelle comme facteur de paix, et à la coexistence pacifique. Il n'était pas dogmatique, croyait au « socialisme à visage humain » et doutait suffisamment pour accepter d'écouter des adversaires du nucléaire tels René Dumont ou pour intervenir en faveur de dissidents victimes de la répression du « printemps de Prague », tels Karel Bartošek.
Réflexions philosophiques
Pendant ses dernières années, il écrivit des réflexions philosophiques, qui l’avaient préoccupé dès sa jeunesse. De l’histoire des sciences, il étend sa réflexion et son enseignement à la géochimie, puis à la cosmochimie, en s’appuyant sur ses études des météorites. Il suivit avec passion l’aventure spatiale, notamment les expéditions vers la Lune et l’étude des matériaux lunaires. Il garda jusqu’à la fin de sa vie le contact avec les étudiants « si passionnant et qui rend tellement heureux ».
Publications
Jean Orcel, Recherches sur la composition chimique des chlorites, Société générale d'imprimerie et d'édition, , 380 p. (ASINB0046UF00U)* Jean Orcel, Theses Présentées À La Faculté Des Sciences De L'université De Paris Pour Obtenir Le Grade De Docteur Es Sciences Physiques, (ASINB01K2U2YSI)
Jean Orcel, Les substances radioactives naturelles Leurs modes de répartition et de transformation dans l'écorce terrestre, Université de Paris, (ASINB01JZRPBKC)
Jean Orcel, L'Etat Metamicte. Le désordre structural dans les minéraux radioactifs et son étude expérimentale., Offprint, (ASINB01EOA44VC)
Jean Orcel, Albert Michel-Lévy. (1877 - 1955), Offprint, (ASINB01EOA3XJQ)
Jean Orcel, Jean-Paul Sartre et Roger Garaudy, Marxisme et existentialisme, controverse sur la dialectique, Plon, (ASINB00I1WNP56)
Jean Orcel, Les sciences minéralogiques au XIXe siècle (minéralogie, cristallographie, lithologie), Université de Paris, Palais de la découverte, , 39 p.
↑Philippe Jaussaud et Edouard Raoul Brygoo, Du Jardin au Muséum en 516 biographies, Muséum national d'histoire naturelle, , 630 p. (ISBN978-2-85653-565-3, lire en ligne)
↑ a et bCaillère, Simone, « Les sciences minéralogiques - Aperçu de leur développement en France entre 1878 et 1978 », Travaux du Comité français d'histoire de la géologie (COFRHIGEO), no 49, (lire en ligne, consulté le )
↑JP Lehman, Bulletin de la Société géologique de France, La Société, (lire en ligne), Jean Orcel, Membre de l'Institut, Professeur honoraire au Muséum national d'Histoire naturelle, où il a succédé à Alfred ... minéraux hydratés, et surtout la mesure des pouvoirs réflecteurs à l'aide du microscope métallographique polarisant.
↑Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, , 736 p. (ISBN978-2-7381-4223-8, lire en ligne), La France doit donc trouver des ressources dans son sous-sol ou celui des colonies. Après une rencontre avec Joliot, le 11 décembre 1944, Louis Barrabé et Jean Orcel, professeurs au Muséum et anciens membres du comité directeur du FNU, lui proposent la création d'une commission du CNRS chargée de l'étude des ressources minérales de la France et de ses colonies. ...Sur le territoire métropolitain, aucune exploitation de produits radioactifs n'existent et Orcel a mené, dans le passé, des études sur des gîtes uranifères à Madagascar.
↑Georges Cogniot, Parti pris (2). De la Libération au Programme commun, FeniXX réédition numérique, , 604 p. (ISBN978-2-402-07431-5, lire en ligne)
↑Son engagement au PCF lui valut, en pleine guerre froide, d'être surveillé par les renseignements généraux comme « atomiste communiste » : cf.: Les dossiers du Canard, La force de frappe tranquille, Paris, IEI, , 98 p., p. 64.
↑Céline Jurgensen et Dominique Mongin, Résistance et Dissuasion : Des origines du programme nucléaire français à nos jours, Odile Jacob, , 400 p. (ISBN978-2-7381-4490-4, lire en ligne)
↑« L’Enag, école du BRGM, accueille les nouveaux étudiants du Master ENAG-2GR | BRGM », sur www.brgm.fr (consulté le ) : « Fort de ce succès, le 1er septembre 2014, l’Enag a accueilli la nouvelle promotion, baptisée "Jean Orcel", en l’honneur du célèbre minéralogiste pionnier de l’étude des propriétés optiques des minéraux métalliques. »