Monotropisme

Différences entre polytropisme et monotropism
Illustration de la différence entre polytropisme (neurotypique) et monotropisme (neuroatypique).

Dans le domaine de la psychologie, le monotropisme (les anglophones parlent aussi de Single Attention and Associated Cognition in Autism, abrégé SAACA) est la tendance d'un individu à concentrer une grande partie de sa curiosité et de son attention sur un très petit nombre de centres d'intérêt, souvent stéréotypés, en négligeant les contextes du quotidien et les intérêts moindres. Cette orientation cognitive est considérée comme l'une des caractéristiques majeures sous-jacentes aux troubles du spectre de l'autisme (on parle aussi de « style cognitif monotrope », de « vision tunnel » ou de « tunnel d'attention »[1], un mode de cognition qui interfère souvent négativement avec les relations sociales).

La tendance au monotropisme a d'importantes implications sociopsychologiques : alors que le monotropisme tend à amener la personne à manquer des choses hors de son tunnel d'attention, inversement, à l'intérieur de celui-ci, leur attention hyperfocalisée peut induire des expériences intenses, une réflexion profonde et, plus spécifiquement des états de flux[2].

L'hyperfocalisation rend difficile la redirection de l'attention, y compris quand il faut stopper une activité ou démarrer une nouvelle tâche ; elle constitue l'un des dysfonctionnements exécutifs dans le spectre de l'autisme, et dans les stéréotypies ou persévérations, où l'attention d'une personne est constante ou attirée à de nombreuses reprises sur le même sujet ou pour la même activité.

Histoire

Depuis 1992, le terme « monotropisme » est attesté dans un contexte autistique (il en est un critère de diagnostic).

D. K. Murray, M. Lesser et W. Lawson (2005). « Attention, monotropism and the diagnostic criteria for autism ». Autism, 9, p. 139-156.[Quoi ?]Il est par exemple présent dans un texte de Dinah Murray et aurait été suggéré par Jeanette Buirski un an auparavant[3]. Le mot mono (« un, unique ») est choisi ici par opposition à poly (« plusieurs ») ; alors que -tropisme désigne un « mouvement directionnel ou une croissance » comme dans le concept biologique de tropisme.

La théorie du monotropisme a été développée par Dinah Murray, Wenn Lawson et Mike Lesser à partir des années 1990 et publiée pour la première fois en 2005[4]. Les travaux ultérieurs de Lawson sur la théorie ont constitué la base de son doctorat, Single Attention and Associated Cognition in Autism, et du livre The Passionate Mind publié en 2011.

L'hypothèse du monotropisme est l'une des hypothèses explicatives modernes, basées sur la perception, de l'autisme, aux côtés du modèle de fonctionnement perceptionnel amélioré (Mottron et al., 2006) et de la théorie mondiale intense (Markram et Markram, 2010)[5]. En tant que partisan de l'hypothèse du monotropisme, on suppose que les structures, les processus et les fonctions neurobiologiques modifiés sont à l'œuvre dans le cerveau par rapport au cerveau alliste[5], sans nécessairement constituer un déficit (Lawson, 2011, p. 27, 108). Au contraire, Murray et al. (2005) voient dans le monotropisme le reflet d'une perspective de forces, la cause d'un comportement d'apprentissage spécifique à l'autisme, et la raison des intérêts spéciaux.

Caractéristiques

Monotropic way of teaching can be greatly helpful for autistic students.
Méthode d'enseignement monotropique.
Typical classroom activity requires lot of polytropic processing of stimuli
Une activité scolaire typique nécessite beaucoup de traitement polytropique des stimuli.

La quantité d'attention dont dispose chaque personne étant limitée, les processus cognitifs sont obligés de rivaliser entre eux dans le cerveau.

Pour une personne à l'esprit monotrope, et ayant des intérêts spécifiques, quand un intérêt particulier est actif à un moment donné, il tend à consommer la majeure partie de l'attention disponible, ce qui entraîne des difficultés avec d'autres tâches telles que l'interaction sociale conventionnelle.

Chez l'enfant, le développement du langage peut être concerné ; à la fois affecté par l'attention générale requise par les centres d'intérêt spécifiques, et par l'impact psychologique du langage, qui donne accès aux informations tout, en permettant aux autres de manipuler le système d'intérêt de l'enfant[4].

Les individus monotropiques peinent à traiter plusieurs choses à la fois, notamment quand il s'agit d'effectuer plusieurs tâches à la fois, tout en écoutant (ex. : certains étudiants ont du mal à prendre des notes en classe tout en écoutant un enseignant)[6], et ils peuvent avoir du mal à simultanément lire le visage d'une personne et comprendre ce qu'elle dit simultanément[4]. Pour une personne autiste, se forcer au polytropisme est épuisant, suscite un sentiment d'inauthenticité et, avec le masking que cela induit[7], peut conduire au burnout autistique ou déclencher des crises autistiques (meltdow, shutdown).

Une tendance courante chez les individus autistes est alors d'éviter les environnements sensoriels complexes en raison d'un monotropisme généralement associé à une ou plusieurs hypo- ou Hypersensibilité (psychologie) hypersensibilité(s)[6]. Les individus monotropes peuvent orienter leur attention et se concentrer sur autre chose, ou développer une grande profondeur dans un intérêt ou une compétence donnée[8].

Implications pratiques

Le monotropisme est l'un des facteurs explicatifs de l'anxiété dans l'autisme. Il expliquerait aussi un apparent besoin de contrôle, qui peut conduire à l'évitement de certaines situations[9].

Les personnes autistes âgées et des protagonistes actifs dans leur propre vie doivent surmonter cet obstacle (et d'autres) pour accéder aux services médicaux, scolaires, sociaux, etc., mais selon Marion Hersh et al. (2020), « le manque de compréhension et de soutien des prestataires de services et du grand public peut saper leurs stratégies »[8].

C'est l'un des obstacles à une bonne inclusion des employés autistes dans le milieu professionnel, et pour comprendre ces obstacles Natalie H. Longmire et al., en 2024, ont proposé un cadre conceptuel basé sur l'incongruence relationnelle (notion décrivant les divergences dans les schémas d'interaction entre les neurotypes « autistes » et « non autistes », aussi dits « alistes »). Ce cadre met en évidence que les normes des groupes de travail non autistes, incluant un vocabulaire imprécis, « accentuent l'incongruence relationnelle, ce qui nuit au sentiment d'authenticité et d'appartenance des employés autistes. Pour atténuer ces effets négatifs, certaines pratiques managériales, telles que l'adaptation relationnelle des tâches, peuvent favoriser un climat de travail où la diversité des modes d'interaction est normalisée et où une compréhension mutuelle entre neurotypes est encouragée »[10].

Murray et al. (2005) ont proposé une approche par étapes pour aider les personnes autistes, comme l'augmentation des « connexions », le renforcement de la compréhension à travers les intérêts de l'enfant et la création de liens entre les personnes et les concepts plus « significatifs et moins complexes »[4].

a hypothetical radar plot of spikey cognitive profile. Similar details can be found in Doyle, Nancy. "Neurodiversity at work: a biopsychosocial model and the impact on working adults." British medical bulletin 135, no. 1 (2020): 108-125.
Les mécanismes de filtrage de l'information, chez les personnes autistes, peuvent être dus à des différences dans les composants cognitifs. Ce graphique en radar présente un hypothétique profil cognitif pointu. Des détails similaires peuvent être trouvés dans l'article de Nancy Doyle intitulé Neurodiversity at work: a biopsychosocial model and the impact on working adults[11].

Références

  1. (en) Dawn Adams, Kate Simpson et Deb Keen, « Exploring Anxiety at Home, School, and in the Community Through Self‐Report From Children on the Autism Spectrum », Autism Research, vol. 13, no 4,‎ , p. 603–614 (ISSN 1939-3792 et 1939-3806, DOI 10.1002/aur.2246, lire en ligne, consulté le ).
  2. (en) McDonnell Andy et Milton Damian, Good Autism Practice: Autism, Happiness and Wellbeing, Birmingham, BILD, (ISBN 9781905218356), « Going with the flow: reconsidering 'repetitive behaviour' through the concept of 'flow states' », p. 38-47.
  3. (en) Dinah Murray « Attention Tunnelling and Autism » () (lire en ligne).
    Living with Autism: The Individual, the Family, and the Professional.
    .
  4. a b c et d (en) Dinah Murray, Mike Lesser et Wenn Lawson, « Attention, monotropism and the diagnostic criteria for autism », Autism, vol. 9, no 2,‎ , p. 139-156 (PMID 15857859, DOI 10.1177/1362361305051398, S2CID 6476917, lire en ligne).
  5. a et b (en) Wenn B. Lawson, « Monotropism Theory », dans Autism and Being Monotropic, Springer Nature Singapore, (ISBN 978-981-96-2563-5, DOI 10.1007/978-981-96-2564-2_2, lire en ligne), p. 17-27.
  6. a et b (en) Olga Bogdashina, Sensory Perceptual Issues in Autism and Asperger Syndrome: Different Sensory Experiences – Different Perceptual Worlds, London, Jessica Kingsley Publishers, (ISBN 9781843101666, lire en ligne).
  7. (en) Amy Pearson, Kieran Rose et Jon Rees, « ‘I felt like I deserved it because I was autistic’: Understanding the impact of interpersonal victimisation in the lives of autistic people », Autism, vol. 27, no 2,‎ , p. 500–511 (ISSN 1362-3613 et 1461-7005, DOI 10.1177/13623613221104546, lire en ligne, consulté le ).
  8. a et b (en) Mike Lesser et Dinah Murray, The Neurodiversity Reader, Shoreham by Sea, Pavilion, (ISBN 9781912755394), « Mind as a Dynamical System: Implication for Autism ».
  9. (en) Dinah Murray, « Monotropism: An Interest-Based Account of Autism », Conférence, Springer International Publishing,‎ , p. 2954–2956 (ISBN 978-3-319-91279-0, lire en ligne, consulté le ).
  10. (en) Natalie H. Longmire, Timothy J. Vogus et Adrienne Colella, « Relational incongruence in neurodiverse workgroups: Practices for cultivating autistic employee authenticity and belonging », Human Resource Management, vol. 64, no 1,‎ , p. 59–76 (ISSN 0090-4848 et 1099-050X, DOI 10.1002/hrm.22248, lire en ligne, consulté le ).
  11. (en) Nancy Doyle, « Neurodiversity at work: a biopsychosocial model and the impact on working adults », British Medical Bulletin, vol. 135, no 1,‎ , p. 108-125 (PMCID 7732033, DOI 10.1093/bmb/ldaa021).

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Wenn B. Lawson, (2024). Autism and Being Monotropic: What Medical and Other Practitioners Need to Know. Springer Nature.
  • (en) Wenn Lawson, The Passionate Mind: How People with Autism Learn, London, (ISBN 978-1-84905-121-7).
  • (en) Dinah Murray, Encyclopedia of Autism Spectrum Disorders, Springer, , 2954–2956 p. (ISBN 978-3-319-91279- 0, DOI 10.1007/978-3-319-91280-6_102269), « Monotropism: An Interest-Based Account of Autism ».
  • (en) Fergus Murray, « Me and Monotropism: A unified theory of autism », The Psychologist, The British Psychological Society,‎ (lire en ligne).
  • (en) D. Murray, (2018). Monotropism – An interest based account of autism. In F. Volkmar (Ed.), Encyclopedia of autism spectrum disorders ; Springer [lire en ligne].
  • (en) R. Woods, (2019, novembre). An Updated Interest Based Account (Monotropism theory): A Developmental Model and Demand Avoidance Phenomena. In PDA Conference. SPISS [lire en ligne].
  • (en) R. Wood, (2023). Autism, intense interests and support in school: From wasted efforts to shared understandings. In Mapping the Field (pp. 332-352). Routledge [lire en ligne].

Articles connexes

Liens externes

  • monotropism.org Portail d'information sur le monotropisme, comprenant une archive des travaux de Dinah Murray sur le sujet.

Content Disclaimer

Informasi ini disarikan dari Wikipedia dan disajikan kembali untuk tujuan edukasi. Konten tersedia di bawah lisensi CC BY-SA 3.0. Kami tidak bertanggung jawab atas ketidakakuratan data yang bersumber dari kontribusi publik tersebut.

  1. The information displayed on this website is sourced in part or in whole from Wikipedia and has been adapted for the purpose of restating it. We strive to provide accurate and relevant information, however:
  2. There is no guarantee of absolute accuracy. Wikipedia is an open, collaborative project that can be edited by anyone, so information is subject to change.
  3. It is not intended to constitute professional advice. The content displayed is for informational and educational purposes only. For important decisions (e.g., medical, legal, or financial), please consult a professional.
  4. Content copyright. Wikipedia is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike License (CC BY-SA). This means that content may be reused with appropriate attribution and shared under a similar license.
  5. Responsible use. Any risk arising from the use of information from this website is entirely the responsibility of the user.