Lénition

La lénition, ou adoucissement [1], est l'affaiblissement de l'articulation d'une consonne qui passe d'une « série forte » (latin fortis) à une « série douce ». La consonne ainsi lénifiée s'élève sur l'échelle de sonorité. Cette modification phonétique est donc le phénomène inverse du durcissement. Le nom français « lénition » vient du latin « lenis (doux) ».

La lénition se constate dans l'évolution diachronique d'une langue. C'est la cas de l'évolution des occlusives latines dans les langues romanes occidentales (cf.inf.).

Elle peut aussi se produire en synchronie, en tant que phénomène morphophonologique :

La lénition se manifeste de différentes manières (en suivant la hiérarchie, du degré le plus fort au plus faible[pas clair]) :

  1. consonne non voisée > consonne voisée ;
  2. consonne géminée > consonne simple ;
  3. occlusive > affriquée > constrictive > sonante > semi-voyelle.

La consonne lénifiée peut être entre deux voyelles ou non (cf.inf).

Entre voyelles

C'est le cas le plus fréquent. Le latin vita donne :

Les langues gaéliques en donnent d'autres exemples.

En initiale absolue devant une voyelle

L'adoucissement des occlusives tendues se produit dans certains parlers bavarois : Pech > Bech « malchance », Tag > Dåg « jour », Knecht > Gnecht « valet ».

Le corse[2] présente un cas intermédiaire et oppose la lénition des consonnes initiales après voyelle atone au phénomène inverse (durcissement) après voyelles toniques :

  • ['trɛ 'ppani] « trois pains » / [u 'banɛ] « le pain ».

Devant une consonne

La spirantisation devant une consonne sonore se produit dans certains mots du russe oral : когда / kogda « quand » est prononcé [kʌɣda].

En position finale

La spirantisation de la finale se produit en hébreu : comparer מלך melex « roi » avec מלכה malka « reine ».

Amuïssement de la consonne

En diachronie, la lénition continue souvent jusqu'à l'amuïssement (la chute complète) de la consonne : par exemple, la finale -ée, des participes passés français :

  • latin portata > ancien français porte(d)e (d se maintient dans de nombreuses langues latines modernes) > français moderne portée[3].

Un autre exemple est la réalisation fréquente du mot russe когда.

Notes et références

  1. Georges Mounin (s. la dir. de), « lénition », dans Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1974 (rééd. 1993)
  2. J.-Ph. Dalberra & M.-J. Dalberra-Stefanaggi, « Grands corpus dialectaux ou la phonologie indiscrète », revue en ligne Corpus.
  3. Pierre Fouché, Morphologie historique du français moderne, 2e éd., Paris, Klincksieck (coll. « Tradition de l'humanisme », IV), 1981, chap. IV.

Voir aussi

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