Fing-Zam
| Festival international des Arts et de la Culture Moundang | ||
| Type | Festival culturel international | |
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| Pays | ||
| Coordonnées | 9° 39′ 20″ nord, 14° 13′ 30″ est | |
| Date | Mai | |
| Géolocalisation sur la carte : Tchad
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Le Festival international des Arts et de la Culture Moundang, communément appelé Fing-Zam, est un festival culturel organisé à Léré, chef-lieu du département du Lac Léré, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest au Tchad. Il rassemble les communautés moundang originaires du Tchad, du Cameroun et du Nigeria autour de la célébration, de la transmission et du partage du patrimoine culturel moundang.
Le nom « Fing-Zam » est issu de la langue moundang. L'événement se tient sur plusieurs jours et alterne danses traditionnelles, chants, expositions artisanales, rites ancestraux et conférences culturelles.
Histoire
Peuple d'appartenance
Les Moundang (ou Mundang) sont un peuple d'Afrique centrale vivant principalement au sud-ouest du Tchad, au nord et à l'extrême nord du Cameroun et au nord-est du Nigeria[1]. Ils font partie du groupe des Kirdi, une appellation donnée par les populations islamisées voisines. Si au Tchad, les Moundang sont connus sous l'appellation de « Za ni », au Cameroun ils se font appeler « Ka-bi ».
Historiquement, les Moundang sont un peuple agricole. Au début du XXe siècle, ils cultivent pois, haricots, pommes de terre, noix et durra. Ils produisent également du coton ainsi que de la bière à partir de millet. À Léré, ils construisent des maisons en terre aux murs intérieurs polis et des greniers circulaires à silo pour le maïs.
Le royaume moundang de Léré est fondé par Damba, fils cadet du roi de Libé, au début du XVIIIe siècle. La langue moundang[2] compte environ 235 700 locuteurs dans les années 2000.
Malgré leur dispersion géographique, les Moundang partagent une identité culturelle commune, résumée par l'expression du Gong de Léré, l'un de leurs chefs coutumiers : « Il n'y a pas deux Moundang »[3]. La salutation traditionnelle « Soko Pouli », échangée entre les Moundang lors des rencontres, symbolise cette solidarité communautaire.
Historique du festival
Le Fing-Zam est organisé par l'Association Culturelle et de Solidarité Moundang « Taiki », enregistrée le 23 août 2004 au registre des associations tchadiennes.
Il s'inscrit dans une dynamique plus large de valorisation de la culture moundang entamée avant 2014. Plusieurs rencontres précédent la création du festival sous son nom actuel. En 2014, ce festival se déroule sous le nom Festival Culturel Moundang à Torrock (Tchad)[4] ; en 2023, le nom devient Festival International Moundang (Fii Moundang) à Kaélé (Cameroun)[4] ; en 2025, pour sa 3e édition, son nom est Fing-Zam et se déroule à Léré.
La troisième édition, qui se déroula à Léré du 12 au 14 mai 2025, fut organisée sous le thème : « L'unité et la solidarité du peuple Moundang face aux défis du développement »[5].
Saleh Kebzabo, médiateur de la République du Tchad et membre de la communauté moundang, y expose la mission fondatrice du festival. Il déclare : « Nous avons conçu ce festival comme un lieu de rassemblement et d'unité, de fraternité, de réconciliation et de rayonnement de notre culture Moundang »[5].
Déroulement
Lieu
Le festival se déroule à Léré[6], ville historiquement associée au peuple moundang, située dans le département du Lac Léré, province du Mayo-Kebbi Ouest, au sud-ouest du Tchad, à la frontière avec le Cameroun.
Programme et activités
Le Fing-Zam s'étend sur trois jours et propose un programme varié. On assiste à des danses traditionnelles rythmées par des tambours (dont le billim drum, tambour cylindrique à deux membranes frappé à mains nues)[7] ; des chants en langue moundang ; des expositions artisanales mettant en valeur le savoir-faire local ; des rites ancestraux et cérémonies traditionnelles ; de multiples dégustations gastronomiques de la cuisine moundang ; des conférences-débats sur des thèmes liés au développement des espaces moundang (préservation du patrimoine, entrepreneuriat, médecine traditionnelle, défis sécuritaires)[8] ; des visites guidées des sites touristiques de la région : lacs Léré et Tréné, chutes Gauthio, parc de Zah-Sôo[4].
Cérémonie d'ouverture
La cérémonie inaugurale de la troisième édition se passe sous la direction de Abakar Rozzi Teguil, ministre du Développement Touristique, de la Culture et de l'Artisanat, représentant le président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno[9],[10]. L'événement commence par la lecture officielle du discours présidentiel, avant de céder la place aux premières manifestations culturelles.
Dimensions culturelles
Signification pour le peuple Moundang
Le Fing-Zam dépasse le simple cadre festif. Il constitue pour la communauté moundang un acte de résistance culturelle face à la mondialisation et une affirmation de l'identité collective. Selon le ministre Abakar Rozzi Teguil, l'événement constituerait une « illustration parfaite d'une culture locale contribuant à l'édification d'une identité nationale partagée », ajoutant qu'« honorer la culture moundang, c'est servir l'unité du Tchad dans sa diversité »[3].
Langue et expressions artistiques
La langue moundang occupe une place centrale dans le festival, aussi bien dans les salutations rituelles (« Soko Pouli ») que dans les chants, les discours coutumiers et les cérémonies d'intronisation[11]. Les parures aux couleurs vibrantes et les costumes traditionnels constituent également des marqueurs identitaires forts mis à l'honneur pendant l'événement.
Au-delà du folklore, la musique moundang se caractérise par l'usage d'instruments spécifiques comme le « billim drum », accompagnée de trompes et de hochets en calebasse. La communauté moundang compte également des familles de musiciens traditionnels, parfois appelés griots[12].
Dimension transfrontalière
La spécificité du Fing-Zam réside dans son caractère international. L'événement constitue un espace de convergence pour les communautés moundang réparties sur trois pays : le Cameroun, le Tchad et le Nigeria[10]. Ces communautés se réapproprient collectivement une identité culturelle commune, par-delà les frontières nationales issues du découpage colonial[9].
Organisation
Portage institutionnel
La 3e édition du festival s'organise sous l'égide des autorités traditionnelles et des élites moundang, avec le soutien du ministère tchadien du Développement Touristique, de la Culture et de l'Artisanat. Il s'inscrit officiellement dans le cadre des « 12 chantiers de refondation nationale » du Tchad, où la culture est érigée comme pilier stratégique du développement[9].
Personnalités impliquées
Plusieurs personnalités d'origine moundang s'impliquent activement dans l'organisation et le rayonnement de la 3e édition du Fing-Zam:
- Saleh Kebzabo, médiateur de la République du Tchad, co-initiateur du festival ;
- Patalet Kanabé Marcelin (dit Patalet Géo), ministre de l'Énergie et de l'Eau, vice-président de l'Assemblée nationale ;
- Le Gong de Léré, chef coutumier moundang.
Rayonnement et perspectives
Impact culturel et social
À travers le Fing-Zam, la culture moundang s'affirme comme levier de cohésion sociale et de développement économique, notamment par les industries culturelles. Le festival favorise également la réconciliation et le renforcement des liens entre les différentes branches de la diaspora moundang[13].
Le caractère transfrontalier du festival a également été salué comme un vecteur d'intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).
Débats et critiques
Certains observateurs s'interrogent sur l'évolution des festivals culturels au tchadiens, dont le Fing-Zam. Si ces événements étaient à l'origine porteurs de significations profondes (célébration des récoltes, honneur rendu aux ancêtres, réconciliation communautaire), ils tendent aujourd'hui à privilégier les aspects spectaculaires (concours de danse sonorisés, tenues stylisées perdant leur symbolisme originel) au détriment des détenteurs du savoir traditionnel[14].
Par ailleurs, l'édition 2025 suscite des interrogations quant à la dimension politique de l'événement. Des observateurs relèvent l'implication marquée de personnalités politiques moundang, soulevant la question de l'instrumentalisation du festival à des fins partisanes[11].
Perspectives
À l'issue de la 3e édition, le président de la République appelle à la création d'un musée communautaire moundang à Léré, destiné à préserver la mémoire collective et à assurer la transmission des valeurs culturelles aux jeunes générations[9],[10].
Notes et références
- ↑ Encyclopedia of Africa, Oxford University Press, (ISBN 9780195337709), « Mundang »
- ↑ Atlas linguistique du Cameroun (ALCAM), vol. 1 : Inventaire des langues, Yaoundé, CERDOTOLA, coll. « Atlas linguistique de l'Afrique centrale (ALAC) », (ISBN 9789956796069)
- Torbo Soulyemane, « Tchad : Fing Zam le festival d'union des Moundang », sur Le N'Djam Post, (consulté le )
- « Festival FING ZAM 2025 au Tchad : Célébration de l'unité Moundang à Leré », sur Tchad Vision, (consulté le )
- Pierre Tahingam, « Tchad : Ouverture du Fing Zam, les Moundang célèbrent leur culture à Léré », sur Journal du Tchad, (consulté le )
- ↑ Louadiba Urbain, « Culture : Le festival des arts et de la culture Moundang aura lieu du 12 au 14 mai prochain à Léré », sur Hamama Média, (consulté le )
- ↑ The New Grove Encyclopedia of Musical Instruments, vol. 2, MacMillan Press LTD, , « Billim », p. 229
- ↑ Yves Dangourbe, « Société : la durabilité des projets de développement dans les espaces Moundang au cœur d'une conférence-débat », sur Tchadinfos, (consulté le )
- admin, « Culture : Léré accueille la 3ᵉ édition du Festival « FING-ZAM » », sur Toumaï Web Médias, (consulté le )
- « Mayo-Kebbi Ouest : La 3e édition du Festival des Arts et de la Culture Moundang ouverte à Léré », sur Tribune Echos, (consulté le )
- « Festival Moundang : entre célébration culturelle et tensions politiques », sur Salam Info, (consulté le )
- ↑ Eric Charry, « Plucked Lutes in West Africa: An Historical Overview », The Galpin Society Journal, Galpin Society, vol. 49, , p. 4 (lire en ligne)
- ↑ Yves Dangourbe, « Société : clap de fin pour la 3ᵉ édition du Festival des arts et de la culture Moundang », sur Tchadinfos, (consulté le )
- ↑ « Tchad : festivals, entre fêtes populaires et dérive identitaire », sur Alwihda Info, (consulté le )
Annexes
Articles connexes
- Moundang (peuple)
- Léré (Tchad)
- Mayo-Kebbi Ouest
- Culture du Tchad
- Culture du Cameroun
- Patrimoine culturel immatériel
Liens externes
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