Biches du Chaffaud
| Artiste |
Inconnu |
|---|---|
| Date |
XIIIe millénaire av. J.-C. |
| Technique | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L × l) |
3,8 × 13,2 × 2,1 cm |
| Localisation |
Les Biches du Chaffaud sont une gravure magdalénienne sur os datant d'environ 15 000 ans et découverte avant 1845 par André Brouillet et Charles Joly-Leterme dans les grottes du Chaffaud, situées à Savigné dans la Vienne. La pièce est initialement considérée comme appartenant à la culture celtique et mal catégorisée avant que son importance historique ne soit révélée, notamment par Prosper Mérimée. À la suite de son transfert depuis le musée de Cluny, elle est conservée au musée d'Archéologie nationale.
Description

Deux biches sont gravées sur un os, occupant l'ensemble de sa surface plane. Elles sont visibles depuis leur flanc gauche et semblent se suivre. Si la biche située à gauche est conservée dans son intégralité, la seconde est incomplète du fait d'une fracture de l'os au niveau de son bassin et d'une concrétion calcaire qui la recouvre. Les détails des deux animaux sont particulièrement travaillés. Il est possible de distinguer la gueule, les naseaux, l'œil et les oreilles qui constituent leur tête. Le pelage est représenté par de fines stries verticales, ainsi que par des lignes plus prononcées en haut de leur dos. L'objet mesure 13,2 centimètres en longueur, pour 3,8 centimètres de hauteur et 2,1 centimètres d'épaisseur[1].
La gravure, fracturée lors de sa découverte, a fait l'objet d'une restauration qui a permis de recoller les morceaux de la biche située à droite. Plusieurs traces de couleurs sont visibles, ce qui peut laisser penser qu'elle a été peinte. Par ailleurs, des figures sont visibles au pied des biches. Elles ressemblent selon certaines interprétations à des poissons gravés dans un style plus abstrait, dans la lignée d'autres artéfacts magdaléniens associant ces animaux[1]. Prosper Mérimée y voit une représentation d'ailes ou de montagnes[2].
Histoire
Création
Les Biches du Chaffaud sont gravées sur un os issu du métatarse de la patte arrière d'un renne. Les humains préhistoriques chassent cet animal et mangent sa viande[1]. Un burin est utilisé pour graver les animaux[3]. L'objet est créé lors du Magdalénien, il y a 15 000 ans environ[4]. La datation n'est pas certaine, elle se situe plus certainement entre 13 000 et 20 500 ans avant notre ère[1].

Découverte
Les circonstances de la découverte des Biches du Chaffaud dans les grottes du Chaffaud, situées dans la commune de Savigné dans la Vienne, sont floues. Elle est parfois attribuée au peintre et archéologue André Brouillet qui fouille le site en 1834, parfois à l'architecte Charles Joly-Leterme en 1852[5],[6]. La notice du musée d'Archéologie nationale attribue la découverte aux deux hommes et la date d’« avant 1845 »[1].
Elle est trouvée dans un poudingue au milieu d'un ensemble de silex taillés et aux côtés d'instruments en os ainsi que de pointes de harpon et de flèches. Devenu très friable, l'os gravé est fracturé en trois morceaux lors de son extraction[2]. Il n'est pas mentionné dans le premier rapport de fouille de 1848 destiné à Prosper Mérimée. Il est supposé à l'époque qu'il s'agit d'un objet celtique, la discipline de la préhistoire n'étant qu'à ses balbutiements[1].
Étude

En 1852, Prosper Mérimée évoque ces os gravés dans une lettre à Charles Joly-Leterme. Il les signale l'année d'après à l'Académie des inscriptions et belles-lettres en rejetant l'hypothèse de leur appartenance à l'âge du fer au vu de l'absence de métal découvert lors de la fouille. En 1853, Charles Joly-Leterme donne les Biches du Chaffaud au musée de Cluny. Elles sont cependant rangées dans la série des objets celtiques et des erreurs sont inscrites dans leur description : elles seraient fabriquées en corne et auraient été trouvées dans le Maine-et-Loire[1].
Prosper Mérimée réalise en 1853 un calque des Biches du Chaffaud et envoie ses observations de l'objet à l'archéologue danois Jens Jacob Asmussen Worsaae. Ce dernier évoque l'os gravé lors du quatrième Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, organisé en 1869 à Copenhague. La connaissance de l'art mobilier se développe en effet dans les années 1860[1]. En 1861, Édouard Lartet s'intéresse aux Biches du Chaffaud, qu'il voit plutôt comme des rennes ayant perdu leurs bois, et remarque leur intérêt artistique. Il en déduit que les humains préhistoriques coexistaient avec les grands mammifères[5].

En 1887, la gravure est étudiée par le fondateur du musée des Antiquités nationales, Alexandre Bertrand, qui accueille l'objet dans son établissement[1]. Il corrige les erreurs qu'il identifie dans le catalogue de la collection et entrepose les Biches du Chaffaud dans la vitrine 22 de la salle I auprès d'une gravure de renne découverte à Thayngen. Il critique par ailleurs la fonction de manche qui avait été attribuée à la gravure[2].

Conservation
Depuis son transfert depuis le musée de Cluny, la gravure est conservée par le musée d'Archéologie nationale[1]. En 2011, elle est restaurée et un collage est effectué par l'atelier Utica pour combler la fissure s'étendant sur son côté droit[3]. Elle est présentée en au musée du Louvre lors du colloque « Quelle place pour l’art préhistorique ? ». Son déplacement à Paris a conduit à mettre en place plusieurs mesures de conservation préventives, notamment un moulage qui a permis de réaliser un socle sur mesure[7]. En 2023-2024, une exposition du musée d'Aquitaine, intitulée « L’art préhistorique de l’Atlantique à la Méditerranée », accueille la gravure[8].
Importance
Au-delà de son aspect artistique, l'objet est d'une grande importance historique puisqu'il s'agit d'un des plus anciens objets d'art du paléolitique reconnus par les archéologues. Le travail de Prosper Mérimée, qui en effectue un calque, se distingue lui aussi comme étant probablement le premier dessin d'un objet d'art préhistorique[4]. Par ailleurs, il est parfois attribué à tort aux Biches du Chaffaud la position de plus ancienne découverte d'art mobilier préhistorique[5].
Notes et références
- Catherine Schwab, « Les Biches du Chaffaud » (notice), sur Musée d'Archéologie nationale (consulté le ).
- Alexandre Bertrand, « L'os de renne gravé au musée de Cluny, actuellement au Musée de Saint-Germain-en-Laye », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 31, no 2, , p. 221–225 (DOI 10.3406/crai.1887.69325, lire en ligne, consulté le ).
- [vidéo] Musée de l'Homme, « Les biches du Chaffaud », sur YouTube, .
- Catherine Schwab, « Les biches du Chaffaud », Musée d'Archéologie nationale, (lire en ligne).
- Patrick Paillet, chap. 3 « Une entrée précoce dans la Préhistoire et quelques résistances », dans Qu’est-ce que l’art préhistorique ?, Paris, CNRS Éditions, coll. « Le passé recomposé », (ISBN 978-2-271-13712-8, lire en ligne), p. 35-50.
- ↑ Bibliothèque d'art et d'archéologie, « Questions-réponses », sur Genève, .
- ↑ Emilie Grévy, Copier pour conserver : La reproduction à des fins de conservation du mobilier archéologique au musée d’Archéologie nationale (de 1862 à nos jours) (mémoire de recherche), (lire en ligne), p. 109.
- ↑ Charline Guicheney, « L’art préhistorique de l’Atlantique à la Méditerranée : une exposition inédite composée d’objets préhistoriques très rares », Bordeaux Gazette, (lire en ligne).
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- « Les biches du Chaffaud », modélisation tridimensionnelle, sur Sketchfab.
- [vidéo] Musée de l'Homme, « Les biches du Chaffaud », sur YouTube,
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