Otjize

L'Otjize est une pâte cosmétique traditionnelle utilisée par les OvaHimba, peuple pastoral vivant principalement dans la région du Kunene, au nord de la Namibie.

Elle est composée d'ocre rouge mélangé à de la graisse ou du beurre clarifié, et peut être associée à des substances aromatiques. Appliquée sur la peau, les cheveux, les vêtements ou certains ornements, elle donne une teinte rouge caractéristique et possède des fonctions esthétiques, sociales, protectrices et symboliques.

Cheveux enduits d'Otjize

Composition

L’otjize est principalement constitué d’ocre rouge et de matière grasse d’origine animale, souvent décrite comme du beurre clarifié ou de la graisse. Les travaux de la chercheuse Ontibile Molefe, consacrés aux cosmétiques traditionnels produits par les OvaHimba du nord de la Namibie, décrivent l’otjize comme un mélange d’ocre rouge et de beurre clarifié utilisé pour couvrir le corps et produire l’apparence rouge caractéristique des OvaHimba[1].

L’ocre utilisée contient des minéraux ferrugineux, dont l’hématite, responsable de la couleur rouge. L’analyse minéralogique de l’ocre employée par les OvaHimba indique aussi la présence de quartz, de kaolinite, de calcite et d’autres composés minéraux[1].

Certaines préparations peuvent être parfumées ou associées à des résines et plantes aromatiques. Molefe distingue l’otjize d’un autre cosmétique traditionnel, l’otjizumba, composé de plantes aromatiques et de beurre clarifié, appliqué autour du cou comme parfum[1].

Usage chez les OvaHimba

L’otjize est appliqué sur la peau et les cheveux. Il est particulièrement associé à l’apparence corporelle des femmes himbas, même si son usage doit être replacé dans un ensemble plus large de pratiques culturelles, corporelles et sociales. Les descriptions ethnographiques des OvaHimba mettent en avant l’importance du corps, des parures, de la coiffure, du bétail et des pratiques domestiques dans la vie quotidienne[2].

La pâte est également utilisée pour enduire certaines coiffures. Chez les OvaHimba, la coiffure, les ornements et les substances appliquées sur le corps peuvent signaler l’âge, le statut social, le genre ou des étapes de la vie. L’otjize participe ainsi à une esthétique corporelle liée à l’identité collective et à la présentation sociale[3].

Fonctions protectrices et hygiéniques

L’otjize est souvent interprété comme une substance à la fois cosmétique et protectrice. L’environnement du nord de la Namibie est marqué par l’aridité, l’ensoleillement et l’exposition à la poussière. Dans ce contexte, l’ocre rouge mélangé à la graisse forme une couche appliquée sur la peau et les cheveux[4].

Des études consacrées à l’ocre rouge ont montré que celle-ci peut présenter des propriétés photoprotectrices. Une étude publiée dans le South African Journal of Science indique que des échantillons d’ocre rouge provenant de la région du Kunene, en Namibie, montrent une capacité à réduire l’exposition aux effets du rayonnement ultraviolet dans des expériences in vitro[4].

Une étude publiée en 2022 dans Scientific Reports sur des nanomatériaux inspirés de l’otjize souligne aussi les propriétés de filtration UV et de réflectivité infrarouge de l’ocre rouge utilisée dans ce contexte, ainsi qu’un effet antimicrobien observé expérimentalement[5].

Les analyses physico-chimiques menées sur les cosmétiques traditionnels ovaHimba suggèrent en outre la présence de composés volatils pouvant contribuer à un effet répulsif contre les moustiques, en particulier lorsque l’ocre rouge est mélangée à du beurre clarifié[1].

Dimension esthétique et symbolique

La couleur rouge de l’otjize est l’un des traits les plus visibles associés aux femmes himbas dans les représentations photographiques, touristiques et ethnographiques. Elle participe à une norme esthétique locale et à une mise en valeur du corps. Les auteurs Jinal Gandhi et Apoorva Trivedi décrivent l’usage de l’ocre rouge chez les Himbas comme relevant simultanément de l’esthétique, de l’adaptation au milieu et d’une signification culturelle[3].

L’otjize ne doit toutefois pas être réduit à un simple produit de beauté. Il s’inscrit dans les pratiques corporelles, les savoirs locaux, les relations au bétail, les usages de la graisse animale, les matériaux minéraux et l’organisation sociale des OvaHimba. Les institutions culturelles namibiennes présentant les traditions ovaHimba insistent sur le rôle plus général des pratiques domestiques, artisanales, rituelles et pastorales dans la transmission de la culture[6].

Études scientifiques

L’otjize fait l’objet d’études en ethnographie, en chimie des matériaux et en dermatologie. Les recherches portent sur sa composition minérale, ses propriétés optiques, ses effets photoprotecteurs, ses composés organiques volatils et ses usages dans les pratiques corporelles ovaHimba[1].

En 2015, Ontibile Molefe soutient à l’université du Witwatersrand une étude physico-chimique des cosmétiques traditionnels produits par les OvaHimba du nord de la Namibie. Cette recherche analyse l’otjize et l’otjizumba à l’aide de techniques comme la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, la diffraction des rayons X et la spectroscopie infrarouge[1].

En 2022, une équipe de chercheurs publie dans Scientific Reports une étude utilisant les savoirs liés à l’otjize comme point de départ pour développer des nanocosmétiques verts à base d’oxyde de fer, en raison des propriétés UV-bloquantes de l’ocre rouge[5].

Notes et références

  1. a b c d e et f (en) Ontibile Molefe, « Physico-chemical characterization of African traditional cosmetics produced by the Ovahimba tribes of Northern Namibia », sur University of the Witwatersrand, (consulté le )
  2. (en) « The Living Museum of the Ovahimba », sur Living Culture Foundation Namibia (consulté le )
  3. a et b (en) Jinal Gandhi et Apoorva Trivedi, « The Himba and Red Ochre—Aesthetics, Symbolism, and Adaptation », JAMA Dermatology, vol. 154, no 1,‎ , p. 116 (DOI 10.1001/jamadermatol.2017.3917)
  4. a et b (en) Riaan F. Rifkin, Francesco d'Errico, Laure Dayet-Boulliot et Beverley Summers, « Assessing the photoprotective effects of red ochre on human skin by in vitro laboratory experiments », South African Journal of Science, vol. 111, nos 3/4,‎ , p. 1-8 (DOI 10.17159/sajs.2015/20140202, lire en ligne, consulté le )
  5. a et b (en) D. Havenga, R. Akoba, L. Menzi, S. Azizi, J. Sackey, N. Swanepoel, A. Gibaud et M. Maaza, « From Himba indigenous knowledge to engineered Fe2O3 UV-blocking green nanocosmetics », Scientific Reports, vol. 12, no 2259,‎ (DOI 10.1038/s41598-021-04663-0, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) « Ovahimba Living Museum », sur Museums Association of Namibia (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

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