Institut Alan Turing

Institut Alan Turing
Situation
Type Institut de recherche
Coordonnées 51° 31′ 46″ N, 0° 07′ 37″ O

Carte

L'Institut Alan Turing est un institut national de recherche au Royaume-Uni, dédié à la science des données et à l'intelligence artificielle, fondé en 2015 par un consortium d'universités qui ont répondu à un appel à projet du gouvernement britannique, qui a financé une grande partie du projet, qui depuis 2025, s'est recentré sur la défense et la sécurité nationale, en lien avec l'AI Safety Institute, conformément aux demandes du gouvernement britannique[1].

Nom

Alan_Turing
L'institut porte le nom d'Alan Turing[2], souvent considéré comme le père de l'informatique moderne.

L'Institut porte le nom d'Alan Turing, mathématicien britannique pionnier de l'informatique[2]. L'intranet de l'organisation s'appelle Mathison (allusion au second prénom d'Alan Turing).

Contexte

Dans le contexte de l'émergence des grands modèles de langage, de l'intelligence artificielle générative (IAg), et dans la perspective de l'apparition d'une éventuelle intelligence artificielle générale (IAG), l'Institut Alan Turing s'inscrit dans un paysage organisationnel complexe qui comprend l'Open Data Institute, l'AI Safety Institute, mais aussi le Digital Catapult et des investissements massifs dans les infrastructures informatiques (data centers notamment). Sa mission est de fournir au gouvernement anglais l'expertise et les résultats de la recherche fondamentale en science des données et en intelligence artificielle, nécessaires pour résoudre divers problèmes du monde réel, notamment liés aux risques de désalignement des systèmes d'IA[3].

L'Institut Alan Turing organise depuis 2021 un évènement annuel appelé AI UK[4] qui est décrit comme une vitrine nationale de la science des données et de l'intelligence artificielle.

Histoire

Cet Institut est fondé en 2015, à la suite d'une lettre du Conseil pour la science et la technologie (CST) au Premier ministre britannique (7 juin 2013), décrivant « l'ère des algorithmes ». Cette lettre arguait que « le gouvernement, en collaboration avec les universités et l'industrie, devrait créer un centre national pour promouvoir la recherche avancée et les travaux de transfert de connaissances dans le domaine des algorithmes et de l'application des sciences des données ».

Dès 2015, la fondation Lloyd's Register devient le premier partenaire stratégique de l'institut, lui accordant une subvention de 10 millions de livres sterling sur cinq ans pour soutenir la recherche sur les applications d'ingénierie des mégadonnées[5],[6],[7]. L'Institut soutient des études sur des sujets très divers (par exemple, sur l'intérêt d'utiliser l'IA pour prédire l'agacement induit par la pollution sonore urbaine (ici à partir d'un corpus de près de 3 000 enregistrements sonores associés à plus de 12 000 évaluations humaines du niveau de gêne et à des données sur de sources, à partir de quatorze réseaux neuronaux et quatre modèles classiques testés, pour conclure que le meilleur modèle est celui qui apprend simultanément à identifier la source du bruit et à estimer le degré d'agacement, obtenant une précision supérieure à celle d'un modèle ne prédisant que l'agacement ; ici, l'intégration des informations sur les sources comme sortie d'apprentissage améliorait la qualité des prédictions, ouvrant la voie à des systèmes automatisés de détection des nuisances sonores[8].

En 2020, l'Insitut, avec l’Information Commissioner's Office anglais, publie des recommandations pratiques pour aider les organisations à expliquer les décisions et services impliquant des systèmes d’IA (structurées en trois volets portant sur les bases de l'explicabilité, sa mise en œuvre et ses implications organisationnelles), tout en reconnaissant certaines limites majeures[9].

En 2023, l'Institut Turing annonce, en mars, un nouveau plan stratégique, baptisé « Turing 2.0 », dans lequel l'IA doit se concentrer sur la santé, l'environnement et la sécurité nationale[10]. À la suite de la publication de cette stratégie, une équipe de quatre universitaires de haut niveau est embauchée pour la mettre en œuvre. Cette équipe est entièrement masculine, ce qui conduit à une lettre signée par 180 membres du personnel exprimant de sérieuses préoccupations quant à l'approche de l'institut en matière de diversité et d'inclusion[11].

En 2024, l'Institut lance en octobre un processus de consultation en vue de licenciements (visant environ 140 des 440 membres du personnel)[12]. En décembre, 93 employés écrivent au conseil d'administration de l'institut pour exprimer leur manque de confiance dans la direction exécutive, et demandant au conseil d'intervenir[13]. Outre les préoccupations liées à la diversité des genres et à la vague de licenciements, la lettre évoque également le sens des orientations de l'institut. Le rapport dénonce aussi un manque de responsabilité et de transparence, et de mauvaises décisions prises par la direction, entraînant une baisse catastrophique de la confiance envers le leadership, et une augmentation des niveaux de stress et d'épuisement professionnel chez les employés. Selon certaines sources, un examen interne lancé par l'institut confirme ces conclusions[14].

En 2025, le 4 juillet, les médias rapportent que le secrétaire à la technologie, Peter Kyle a exigé une nouvelle refonte de l'Institut, appelant à une focalisation sur la défense et la sécurité nationale, ainsi qu'à un changement de direction[15] ; dans une lettre adressée au président de l'institut, Kyle aurait écrit : « il reste clair que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir que l'ATI atteigne son plein potentiel »[16]. L'ATI était alors en pleine restructuration, une cinquantaine d'employés ayant été informés qu'ils risquaient d'être licenciés. Peu après (dans une lettre d'août 2025), Kyle appelle à un changement de direction et réitère son appel à changer l'orientation de l'institut, annonçant que son financement à long terme pourrait être revu en 2026[17]. Selon The Guardian et la BBC, des employés de l'ATI « ont fait part de leurs inquiétudes concernant la gouvernance et la culture interne de l'organisation » dans une plainte pour dénonciation auprès de la Charity Commission, après que des employés se soient également plaints auprès du principal financeur de l'institut, UK Research and Innovation (UKRI)[17],[18]. La BBC fait état de la réponse interne du président de l'ATI (Doug Gurr) et de la PDG (Jean Innes) au personnel, affirmant un engagement envers « l'honnêteté, l'intégrité et la transparence » que les lanceurs d'alerte ont estimé être « de façade »[19]. Le 4 septembre, l'institut annonce qu'Innes quitte son poste de PDG[20],[21]. Dans une interview à la BBC, publiée le 28 octobre 2025, Gurr affirme que les plaintes des lanceurs d'alerte ont fait l'objet d'une « enquête indépendante », sans toutefois préciser quel organisme tiers avait mené cette enquête[22].

En 2026, la Charity Commission émet des avis et des directives à l'intention des administrateurs de l'institut, et elle cloture le dossier sans enquête statutaire[23]. En février, George Williamson, alors directeur du Centre de communication du gouvernement, est annoncé comme nouveau directeur général du Turing Institute à partir de mai 2026, approfondissant ainsi la transition de l'institut vers la défense et la sécurité nationale[1]. Le 1er avril 2026, l'institut annonce que son président Doug Gurr démissionne (pour devenir président de l'Autorité de la concurrence et des marchés), et que l'ancienne coprésidente adjointe Vanessa Lawrence devient présidente par intérim[24]. En avril 2026, il a été rapporté que l'UKRI avait mené une évaluation qui a révélé que l'ATI était sous-performante en matière de stratégie et de rapport qualité-prix, l'évaluateur déclarant que l'ATI devait avoir un but clair, et être « efficace et alignée sur les besoins nationaux »[25].

Organisation

L'Institut Alan Turing est une entité juridiquement indépendante du secteur privé, sans but lucratif et classée organisme de bienfaisance. C'est une initiative conjointe de l'université de Cambridge, l'université d'Édimbourg, l'université d'Oxford, l'University College de Londres et l'université de Warwick, sélectionnée sur la base d'une évaluation internationale par les pairs[26].

En 2018, l'institut est rejoint par huit autres partenaires universitaires : l'université Queen Mary de Londres, l'université de Leeds, l'université de Manchester, l'université de Newcastle, l'université de Southampton, l'université de Birmingham, l'université d'Exeter et l'université de Bristol.

La responsabilité principale de la création de l'Institut Alan Turing a été confiée à l'EPSRC (Conseil de la recherche en ingénierie et en sciences physiques, qui est aussi le principal bailleur de fonds de l'institut, et membre de la coentreprise. Il participe en continu au développement de l'institut, de la part du ministère des Entreprises, de l'Énergie et de la Stratégie industrielle (BEIS) et du Bureau gouvernemental des sciences[27].

En 2024, l'institut avait 440 membres inscrits[12] et en 2025, « plus de 400 chercheurs ont collaboré au Turing », sans information sur le nombre de personnes réellement employées[28].

Gouvernance

La direction de l'institut a été assurée par :

  • Howard Covington, président 2015–2022 ;
  • le premier directeur, en 2015, était Andrew Blake[réf. souhaitée] ;
  • Alan Wilson est devenu PDG et Andrew Blake, directeur de la recherche ;
  • entre 2018 et 2023, le directeur général était Sir Adrian Smith[29] ;
  • Doug Gurr, a été nommé président en 2022[30], a démissionné en avril 2026[24] ;
  • Jean Innes a été PDG entre 2023 et 2025[31],[20],[32] ;
  • Mark Girolami (intérimaire)[1] ;
  • George Williamson (début prévu en mai 2026)[1].

Conseil des partenaires stratégiques

En 2025, les partenaires stratégiques de Turing comprenaient Accenture (depuis 2017)[33], les Laboratoires nationaux DSO, la Fondation Bill-et-Melinda-Gates avec des recherches sur « l'infrastructure numérique digne de confiance » pour les systèmes d'identité numérique nationaux, le GCHQ du ministère de la Défense avec des recherches sur les implications et les risques du changement climatique pour la sécurité humaine et nationale, la fondation Lloyd's Register sur l'ingénierie axée sur les données, NATS (fournisseur de contrôle du trafic aérien du Royaume-Uni), l'Office for National Statistics et Roche sur « l'hétérogénéité des maladies, des patients et des résultats »[31].

Financement

La création de l'institut a été financée à hauteur de 600 millions de livres sterling pour les « Huit Grandes Technologies »[34] et plus précisément pour le big data, signalé par le gouvernement britannique en 2013[35] et annoncé par George Osborne, chancelier de l'Échiquier, dans le budget de 2014[36]. L'essentiel des investissements dans le big data a été consacré aux infrastructures informatiques. Ensuite 42 millions de livres sterling ont été alloués à l'institut pour couvrir les cinq premières années de son fonctionnement[36] Les cinq universités fondatrices ont chacune contribué à hauteur de cinq millions de livres sterling à l'institut[5]. Des subventions de conseils de recherche, de partenaires universitaires et de partenariats stratégiques et autres ont complété ces sources[3].

En juin 2021, l'EPSRC a apporté dix millions de livres sterling, au nom de l'UK Research and Innovation, pour 2021-2022[37].

Le budget de printemps 2024 du gouvernement prévoyait 100 millions de livres sterling supplémentaires, répartis sur cinq ans, pour la science des données et l'intelligence artificielle appliquée à la santé, à la protection de l'environnement et au renforcement de la défense nationale[38]. Peu après, un examen du Conseil de la recherche en ingénierie et en sciences physiques a recommandé des améliorations dans la surveillance financière du financement de l'institut[39].

Emplacement

British Library (au premier plant).

Parallèlement à la sélection des universités fondatrices, l'EPSRC a lancé un processus de recherche d'un « partenaire d'implantation ». Le choix de la British Library à Londres a été annoncé par le George Osborne en décembre 2014 lors du lancement du Knowledge Quarter, un partenariat d'organisations situées dans et autour du quartier de King's Cross dans la capitale[40].

En février 2023, les plans d'un nouveau bâtiment ont été approuvés par le conseil local[41]. En 2023, l'Institut Alan Turing était installé dans le bâtiment actuel de la British Library, en attendant de nouveaux locaux prévus sur un terrain situé entre l'Institut Francis Crick et la bibliothèque[42].

Références

  1. a b c et d (en-GB) Isaac Barbosa, « Spy-tech chief appointed next head of Alan Turing Institute », Research Professional News, (consulté le ).
  2. a et b (en) Max Newman, « Alan Mathison Turing, 1912–1954 », Biographical Memoirs of Fellows of the Royal Society, vol. 1,‎ , p. 253–226 (DOI 10.1098/rsbm.1955.0019, JSTOR 769256).
  3. a et b (en) « About us », The Alan Turing Institute (consulté le ).
  4. (en) « The Alan Turing Institute – AI UK ».
  5. a et b (en) « Alan Turing Institute operations begin », The University of Edinburgh, (consulté le ).
  6. (en) « The Lloyd's Register Foundation becomes The Alan Turing Institute's first Strategic Partner », sur The Alan Turing Institute (consulté le ).
  7. (en) Brian McKenna, « Lloyd's Register Foundation grants £10m to Alan Turing Institute | Computer Weekly », ComputerWeekly.com, (consulté le ).
  8. (en) Andrew Mitchell, Emmeline Brown, Ratneel Deo et Yuanbo Hou, « Deep learning techniques for noise annoyance detection: Results from an intensive workshop at the Alan Turing Institute », The journal of the acoustical society of America, vol. 153, no 3_supplement,‎ , A262–A262 (ISSN 0001-4966 et 1520-8524, DOI 10.1121/10.0018787, lire en ligne, consulté le ).
  9. Kazim, Emre and Koshiyama, Adriano, Explaining Decisions Made With AI: A Review of the Co-Badged Guidance by the ICO and the Turing Institute (20 juillet 2020) | url=https://ssrn.com/abstract=3656269 or http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3656269
  10. (en) « Alan Turing Institute unveils strategy to support UK AI | Computer Weekly », ComputerWeekly.com (consulté le ).
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  40. (en-GB) Caroline Davies, « Alan Turing Institute for Data Science to be based at British Library », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  41. (en) « British Library's 12-Storey Extension Gets The Go-Ahead », Londonist, (consulté le ).
  42. (en) Gino Spocchia, « RSHP's contentious British Library expansion plans set for approval », The Architects' Journal, (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Johnson, B., et Willemyns, J. (2025). Reforming the Alan Turing Institute [lire en ligne].
  • (en) Barbara McGillivray, Beatrice Alex, Sarah Ames et Guyda Armstrong, « The challenges and prospects of the intersection of humanities and data science: A white paper from The Alan Turing Institute », Alan Turing Institute,‎ (DOI 10.6084/m9.figshare.12732164, lire en ligne, consulté le ).
  • (en) Vidgen, B., Margetts, H., et Harris, A. (2019). How much online abuse is there. Alan Turing Institute, 11 [lire en ligne].

Articles connexes

Liens externes

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