Gournah

Gournah
(ar) القرنة
Gournah
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Gouvernorat Louxor
District Gournah
Démographie
Population 41 233 hab. (2023)
Densité 1 900 hab./km2
Géographie
Coordonnées 25° 43′ 30″ nord, 32° 37′ 15″ est
Superficie 2 170 ha = 21,7 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Égypte
Voir sur la carte topographique d'Égypte
Gournah
Géolocalisation sur la carte : Égypte
Voir sur la carte administrative d'Égypte
Gournah

Gournah[note 1] (en arabe : القرنه[2]) est une ville située en Haute-Égypte, à environ 700 km au sud du Caire. Elle est située sur la rive gauche du Nil, directement en face de la ville de Louxor[3] (l'ancienne Thèbes)[4]. Gournah est la plus grande ville de l'agglomération de Louxor après celle-ci[3] et le chef-lieu du district de Gournah qui englobe toute la rive ouest du Nil de l'agglomération de Louxor[5],[2].

L'histoire de la ville est intimement liée à celle de la nécropole thébaine située à proximité[6]. Un simple village au XIXe siècle[4], Gournah s'est massivement développé au XXe siècle avec l'essor des fouilles archéologiques et du tourisme dans la nécropole[6], jusqu'à devenir une ville de plusieurs milliers d'habitants à la fin du XXe siècle[3]. Néanmoins, cette croissance s'est aussi faite au détriment des vestiges antiques. Une partie de la ville s'est en effet développée au cœur même de la nécropole, conduisant à des pillages et des dégradations[6]. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, les autorités égyptiennes ont décidé de déplacer les habitants de la nécropole vers la Nouvelle Gournah, une ville bâtie pour l'occasion à quelques kilomètres de là. Cependant, le projet n'a pas rencontré le succès attendu et la majorité des habitants de la nécropole a dû être déplacée de force dans les années 1990. Les dernières habitations du Vieux-Gournah ont été rasées dans les années 2000[6],[7].

Historique de l'utilisation du nom Gournah

Le nom de Gournah signifie « un promontoire » ou « une pointe de montagne »[8].

Émile Amélineau l'identifie à l'ancien Pekolol (copte : ⲡⲕⲟⲗⲟⲗ)[9]. Le nom de Gournah est mentionné pour la première fois par Protais et Charles François d'Orléans, deux frères missionnaires capucins voyageant en Haute-Égypte en 1668. Les écrits de Protais relatant leur voyage ont été publiés par Melchisédech Thévenot (Relations de divers voyages curieux, éditions des années 1670-1696) et Johann Michael Vansleb (The Present State of Egypt, 1678).

Plan de la région thébaine, incluant le village de Gournah, au XIXe siècle.

Aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles, les visiteurs et voyageurs de la région utilisent rarement ce nom de manière cohérente, et tout ce qui se situe entre Médinet Habou et les tombeaux d'El-Tarif peut parfois être mentionné comme faisant partie d’une communauté de Gournah.

Les références à Qurna, Gurna, Kournou, Gourna, El-Ckoor’neh, Gourne, el Abouab, El-Goor’neh ou à de nombreuses autres variantes dans la littérature d’avant les années 1940 désignent un vaste ensemble urbain s’étendant approximativement du Ramesséum au temple de Séthi Ier, à l’est des collines thébaines. Ces noms incluent les toponymes actuels de Cheikh Abd el-Gournah, El-Assasif, El-Khokha, Dra Abou el-Naga et Gournah.

Une référence au « Temple de Gournah » (ou autre variante) est dans la plupart des cas une référence au Ramesséum, dans une moindre mesure au temple de Séthi Ier et, plus rarement, une référence aux temples funéraires presque détruits de Ramsès IV, Thoutmôsis III ou Thoutmôsis IV.

Histoire

La ville de Gournah est situé sur la rive ouest du Nil, directement en face de la ville de Louxor. Elle se situe sur le territoire occidental de l'ancienne ville de Thèbes, capitale des pharaons du Nouvel Empire de l'Égypte antique. Elle se situe donc a proximité de la nécropole thébaine, comprenant entre autres la vallée des Rois et les temple des millions d'années des pharaons du Nouvel Empire[4].

Vieux-Gournah

Habitants du villages photographiés en 1911

Le village de Gournah était a l’origine situé aux alentours du temple de Séthi Ier[4]. Jusqu'au début du XIXe siècle, la communauté comprenait au moins une partie du temple. Plusieurs voyageurs, dont Richard Pococke ou Sonnini de Manoncourt, citent même un cheikh de Gournah[10],[11]. Le village fut visité par les savants Français de la Commission des sciences et des arts lors de la campagne d'Égypte (1798-1801) de Napoléon Bonaparte[4]. Néanmoins, Edward William Lane rapportait en 1825 que le village était abandonné et qu'il n'y avait plus un seul habitant. D’après lui, les habitants emménagèrent dans et autour des grottes de la colline de Cheikh Abd el-Gournah située à environ deux-cents mètres au nord du Ramesséum. Lane raconte que les habitants s’installèrent sur ce terrain depuis le village de Gournah, qu'ils abandonnèrent lorsque les Mamelouks se retirèrent de la région après leur défaite face aux forces de Méhémet Ali au début du XIXe siècle[12]. Des commentaires d'Isabella Frances Romer suggèrent que la réinstallation dans le village d’origine commença à la fin des années 1840[13].

Les habitations de Gournah recouvrant les nécropoles de Gournet Mourraï (en haut) et Cheikh Abd el-Gourna (en bas) Des entrées de tombes sont visibles autour des habitations.

Deux frères du village, Ahmed et Mohamed Abd el-Rassoul, en 1871, en recherchant une chèvre égarée, découvrirent une ouverture creusée dans le roc. En s’y glissant, Ahmed se trouva face à une véritable mine d’or pour sa famille qui, durant dix ans, écoulèrent les antiquités qu’ils prenaient de manière mesurée : il s'agissait de la cachette royale TT320.

Gournah se développa massivement au XXe siècle avec l'essor des fouilles archéologiques et du tourisme dans la nécropole thébaine. Le village fournit pendant des décennies le gros de la main d’œuvre utilisée sur les sites de fouilles par les missions archéologiques étrangères. Cependant, cette croissance se fit également au détriment des vestiges antiques. Une partie de la ville se développa en effet au cœur même de la nécropole, conduisant à des pillages et des dégradations. Les traditions locales rapportent les histoires de pillards ayant fait fortune après avoir fait de belles découvertes dans la nécropole tel un villageois ayant acheté quarante acres de terrain après avoir vendue une barque sacrée vielle de 3500 ans[6].

La situation empira encore davantage après la découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922 et la perspective de découverte de trésors perdus. Rapidement, les habitations recouvrirent complétement les colline de Cheikh Abd el-Gournah et Gournet Mourraï, deux nécropoles majeures de la vallée des Nobles, conduisant à un pillage de grande ampleur par les habitants du village, surnommé le « village des pillards »[6]. Hassan Fathy affirme que les habitants de Gournah vivaient dans la pauvreté et pillaient donc les tombes anciennes pour subvenir à leurs besoins. Les familles des villageois s'installaient sur les tombes choisies pour y construire leurs maisons. Les villageois construisaient le long des tombes, celles-ci faisant partie intégrante de la maison. Les objets pillés étaient vendus ou conservés près des maisons des villageois[14].

Nouvelle-Gournah

Plan du hall d'exposition de la Nouvelle-Gournah.

Dans les années 1940, les autorités égyptiennes décidèrent de mettre fin au pillage de la nécropole thébaine[6]. Le Service des Antiquités égyptiennes expropria les terres sur lesquelles vivaient les habitants et décida de les déplacer vers un nouveau village, conçu et construit par l'architecte égyptien Hassan Fathy[15]. La nouvelle ville de Gournah fut construite entre 1946 et 1952, à mi-chemin entre les colosses de Memnon et el-Gezira, sur la route principale menant du Nil à la nécropole thébaine (25° 42′ 54″ N, 32° 37′ 26″ E). La nouvelle ville permit de reloger les villageois forcés d'abandonner leurs habitations, mais servit également d'expérimentation : l'objectif était de construire des bâtiments économiques et respectueux de l'environnement[16]. La conception combinait matériaux et techniques traditionnels avec des principes modernes[17]. Les bâtiments furent construits en brique crue, un matériau bon marché pouvant être facilement produit sur place[7]. L'ancien Gournah présentait une végétation rare en raison des difficultés d'accès à l'eau. La Nouvelle-Gournah fut conçue pour être meilleure que l'ancien village et résoudre ces problèmes d'accès à l'eau. La nouvelle ville fut construite près du Nil, favorisant ainsi l'utilisation de la végétation[14]. Le village étant dépourvu d'électricité, des techniques de climatisation et de chauffage ont été mises en place. Par temps chaud, la fraîcheur était préservée dans les maisons. Par temps frais, les maisons restaient assez chaudes[17]. Afin de s'affranchir de l'héritage colonial, Hassan Fathy développa un style architectural unique censé mettre en avant la diversité de la culture égyptienne, reprenant par exemple des éléments architecturaux coptes et nubiens[7].

La mosquée de Nouvelle-Gournah

Bien que le travail de Fathy fut largement acclamé, le projet fut un échec. Les habitants de Gournah n'apprécièrent guère leurs nouvelles demeures. L'organisation des bâtiments autour de cours intérieures étaient peu adaptée aux villageois tandis que les toits en dôme leur évoquaient des structures funéraires[7]. De plus, l'éloignement de la zone touristique où travaillaient beaucoup de villageois causa un appauvrissement des déplacés[18]. Enfin, de nombreux bâtiments avaient des fondations en pierres de sel. En raison de la forte humidité, ces pierres se dissolvaient, provoquant l'effondrement de la structure des maisons. Les villageois devaient donc réparer leurs maisons tous les deux ou trois mois pour qu'elles restent intactes[17]. La Nouvelle-Gournah de Fathy ne fut jamais achevée et une grande partie du tissu du village a depuis été détruite ; il ne reste aujourd'hui de la Nouvelle-Gournah d'origine que la mosquée, le marché et quelques maisons[17]. Le patrimoine mondial de l'UNESCO souhaite préserver cet important site architectural[19] ; le Fonds mondial pour les monuments a inscrit Nouvelle-Gournah sur la Liste des sites les plus menacés en 2010 du World Monuments Watch[17].

Destruction du Vieux-Gournah

La nécropole de Cheikh Abd el-Gournah avant (en haut) et après (en bas) la destructions des habitations.

Dans les années 1990, les autorités égyptiennes décidèrent d'optimiser le potentiel touristique dans la région de Louxor. Décision fut donc prise de se débarrasser des milliers de personnes habitants toujours dans la nécropole thébaine[6]. Entre 1992 et 194, une grande étude sociale fut réalisée afin de déterminer l'ampleur des déplacements de population à effectuer tandis que le site d'une future nouvelle ville fut choisi dès 1992. Après d'importantes crues du Nil en 1994, un village fut créé en urgences pour reloger les victimes. Le village fut agrandi en 1997 pour accueillir les habitants de la nécropole acceptant de s'y installer volontairement[20]. Cela ne suffit cependant pas à vider la nécropole de ses habitants. Les autorités décident finalement de se débarrasser des récalcitrants, par la force si nécessaire. L'électricité fut coupée et les commerces fermés[6]. Les habitants furent contraints d’accepter d'être relogés sous peine de se retrouver à la rue. Quatre d'entre eux furent tués en résistant aux forces de l'ordre[18]. Les habitations évacuées furent détruites à peine les habitants partis[20]. Les déplacés de Gournah emménagèrent dans cinq ou six villages des environs[6].

En janvier 2007, le président égyptien Hosni Moubarak inaugura en grande pompe une nouvelle Nouvelle-Gournah (25° 45′ 04″ N, 32° 37′ 55″ E), ville moderne construite quatre kilomètres au nord-est de Vieux-Gournah pour accueillir les déplacés. D'après les autorités, la ville comprenait 3000 parcelles habitables ainsi que des infrastructures modernes, dont un hôpital, deux écoles, un centre commercial et un commissariat. En parallèle, les derniers habitants de la nécropole, 3500 familles, furent définitivement expulsés et les habitations de Cheikh Abd el-Gournah rasées au bulldozer[18]. Les habitations de Gournet Mourraï furent conservées afin de servir de site de tournage de cinéma[6].

Entre 2006 et 2023, la population de Gournah est passée de 27 000 à 41 000 habitants[3].

Notes et références

Notes

  1. Selon les sources, le toponyme en langue arabe est aussi traduit Qurna, Al-Qurnah, El Qurna, Gourna, Gurna, Kurna, Qurnah ou Qurneh[1]

Références

Bibliographie

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes

Content Disclaimer

Informasi ini disarikan dari Wikipedia dan disajikan kembali untuk tujuan edukasi. Konten tersedia di bawah lisensi CC BY-SA 3.0. Kami tidak bertanggung jawab atas ketidakakuratan data yang bersumber dari kontribusi publik tersebut.

  1. The information displayed on this website is sourced in part or in whole from Wikipedia and has been adapted for the purpose of restating it. We strive to provide accurate and relevant information, however:
  2. There is no guarantee of absolute accuracy. Wikipedia is an open, collaborative project that can be edited by anyone, so information is subject to change.
  3. It is not intended to constitute professional advice. The content displayed is for informational and educational purposes only. For important decisions (e.g., medical, legal, or financial), please consult a professional.
  4. Content copyright. Wikipedia is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike License (CC BY-SA). This means that content may be reused with appropriate attribution and shared under a similar license.
  5. Responsible use. Any risk arising from the use of information from this website is entirely the responsibility of the user.