Emmanuel Trujillo

Emmanuel Trujillo
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Biographie
Naissance
Décès
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Nom de naissance
Emmanuel Pardeahtan Trujillo
Pseudonyme
Mana Truhill
Autres noms
James J. Coyle
Nationalité
Activité
Père
Juan Pardeahtan Trujillo
Autres informations
Organisation
Peyote Way Church of God
Religion
Nom en religion
Immanuel Pardeahtan Trujillo
Parti politique
Idéologie

Emmanuel Trujillo, né le 25 mai 1930 à New Brunswick (New Jersey), et mort le 24 juin 2010 à Willcox (Arizona), également connu sous les pseudonymes Mana Truhill et Immanuel Pardeahtan Trujillo, est un espion antinazi et peyotiste américain d'ascendance apache chiricahua.

Après un passage dans la marine marchande britannique (en) et l'armée américaine, il entre en contact avec la Native American Church. Au début des années 1950, il infiltre le National Renaissance Party (NRP), mouvement néonazi dirigé par James Madole, pour le compte de la Non-Sectarian Anti-Nazi League (en) (NSANL). Il gravit les échelons du NRP jusqu'à en codirigier plusieurs secteurs, avant d'en être exclu en 1954.

En 1977, il fonde la Peyote Way Church of God à Klondyke (Arizona) (en), organisation syncrétiste mêlant peyotisme et éléments de la tradition mormone, au sein de laquelle il milite pour l'accès à l'usage religieux du peyotl sans restriction raciale. Il est également le fondateur de Mana Earthenware, atelier de poterie dont certaines pièces intègrent les collections autochtones américaines de la Smithsonian Institution.

Biographie

Jeunesse et origines

Emmanuel Pardeahtan Trujillo naît le 25 mai 1930 à New Brunswick (New Jersey), fils d'une mère catholique d'origine franco-allemande et de Juan Pardeahtan Trujillo, mexicain apache chiricahua membre présumé de la tribu de Geronimo[1],[2]. Son père meurt peu après sa naissance, et sa mère, alors âgée de 14 ans, l'abandonne[3]. Il passe ses deux premières années dans un orphelinat, avant d'être adopté par une famille irlandaise catholique de l'Est des États-Unis sous le nom de James J. Coyle[1],[2],[3],[4]. À 15 ans, il fugue et s'engage dans la marine marchande britannique (en), puis intègre une division aéroportée de l'armée américaine en 1947 avant d'en être démobilisé l'année suivante à la suite d'un accident lors d'un saut en parachute[1],[4].

Il apprend ensuite qu'il a été adopté et retrouve, parmi les bénéficiaires mentionnés dans le testament de son père biologique[3], Eugene Yoakum, vétéran de la guerre américano-philippine et ermite du désert de Sonora[2],[3] ; et Bill Russell (dit « Apache Bill »), médecin cérémoniel de la Native American Church. Ces derniers l'initient au peyotl lors d'une retraite solitaire de trois jours[3]. Trujillo intègre la Native American Church en 1948 et en devient « roadman », c'est-à-dire responsable de la conduite des cérémonies à base de peyotl[3],[5]. Eugene Yoakum et le potier Charlie Smith, autre ancien compagnon de son père, lui apprennent également des techniques traditionnelles d'orfèvrerie, de travail de la turquoise et de poterie[2].

Infiltration du National Renaissance Party

Logotype du National Renaissance Party.

Au début des années 1950, il s'installe dans le quartier de Washington Heights à Manhattan, suit des cours à la Jefferson School of Social Science (en), liée au Parti communiste, et fréquente les milieux bikers new-yorkais[1],[4]. Il se serait, d'après l'Anti-Defamation League (ADL), qualifié de « communiste convaincu »[6]. En mai 1952, il assiste à une réunion du National Renaissance Party, mouvement néonazi dirigé par James Madole, et décide aussitôt de l'infiltrer sous le pseudonyme de Mana Truhill. Il propose ses services à la Non-Sectarian Anti-Nazi League (en) de James Sheldon, qui l'accepte comme agent, bien qu'il émette des soupçons sur ses véritables allégeances. Trujillo lui transmet des rapports sur les activités de James Madole et les réseaux de Frederick C. F. Weiss[1],[7]. L'ADL dit également avoir été approchée par Trujillo en 1953 pour lui vendre des informations[6].

Son appartement de l'Audubon Avenue sert alors de bureau informel au NRP, où se côtoient militants nazis, communistes et membres de gangs de motards, ce qui vaut à Trujillo le surnom de « Cochise »[8]. Trujillo gravit rapidement les échelons de l'organisation jusqu'à en codiriger la garde d'élite, puis les relations avec le Ku Klux Klan et les groupes fascistes de la côte est et les affaires étrangères. Il convainc également une militante communiste, Irene Dovale, d'infiltrer le NRP sous l'identité de Ruth Ross afin d'y constituer une section féminine[1].

Il correspond à partir de l'automne 1953 avec plus de 140 figures majeures du néonazisme international — dont Johann von Leers en Argentine, Otto-Ernst Remer et Hans-Ulrich Rudel en Allemagne, ou encore le dirigeant fasciste suédois Per Engdahl — et transmet l'ensemble de ces informations à la NSANL, au FBI et à la CIA. En novembre 1953, l'Anti-Defamation League Bulletin publie un article révélant que Mana Truhill est en réalité Emmanuel Trujillo, agent communiste infiltré, et qu'il avait auparavant tenté de vendre ses informations sur le NRP à l'ADL en échange d'une rémunération. Loin de provoquer son exclusion, la révélation renforce paradoxalement sa position au sein du parti : Madole prend publiquement sa défense, et ses correspondants fascistes européens lui renouvellent leur soutien[1].

En janvier 1954, au moment où le réseau qu'il a contribué à tisser s'apprête à se fédérer lors d'une conférence fasciste à Rome, Trujillo tente de profiter de la confusion engendrée par l'affaire pour prendre le contrôle du NRP, s'autoproclamant chef du parti et nommant Irene Dovale au poste de secrétaire. Madole et Weiss rejettent cette tentative de prise de pouvoir, toutefois ils l'attribuent à un accès de folie passager et Trujillo conserve son influence dans la direction de l'organisation. Il pousse le NRP vers un nazisme plus radical afin de dissiper tout soupçon persistant[1].

À la suite de la décision Brown v. Board of Education rendue le 17 mai 1954, qui abolit la ségrégation raciale dans les écoles publiques américaines, Madole et Weiss envoient Trujillo en tournée à moto dans le Sud et le Midwest afin d'y nouer des alliances avec des groupes nationalistes hostiles à la décision, avec pour instruction de provoquer des émeutes et d'attiser la résistance. L'opération est néanmoins fragilisée lorsqu'Ed Fields (en), militant néonazi de passage à New York, découvre dans l'appartement de Trujillo des affiches de Staline, Lénine et Marx à la place des portraits nazis habituels. En août 1954, H. Keith Thompson (en) publie dans le magazine Exposé une série d'articles révélant l'infiltration du NRP par Trujillo et Irene Dovale, présentés comme des agents de l'NSANL liés au Parti communiste. Madole annonce alors l'exclusion de Trujillo. En décembre 1954, le rapport préliminaire de la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants sur les groupes néofascistes cite Trujillo parmi les dirigeants du NRP et recommande des poursuites judiciaires, sans qu'elles n'aboutissent[1].

En août 1955, malgré son exclusion du NRP, Weiss envoie Trujillo en mission à Las Vegas, où il côtoie des personnes qu'il décrit lui-même comme des communistes connaissant Weiss et collaborant néanmoins avec lui[9]. La même année, Trujillo est mêlé à l'affaire Jelke, du nom d'un jeune homme de la haute société poursuivi pour avoir dirigé un réseau de call-girls, parmi lesquelles figure Pat Ward, ancienne petite amie de Trujillo. Ce dernier avait suggéré à l'avocat de Mickey Jelke de piéger Ward par enregistrement afin de discréditer son témoignage à charge[10]. L'éditeur de littérature érotique Sam Roth publie par la suite les mémoires de Trujillo évoquant cette relation et son travail d'infiltration[1],[10].

En janvier 1956, il est arrêté à Montréal pour tentative de trafic de marijuana et condamné à deux ans de prison, ce qui met fin à son activité d'agent[1]. Alors qu'il est encore incarcéré, H. Keith Thompson tente de le rencontrer en 1957 en vue de publier son témoignage sur le milieu de la drogue[11]. Après sa sortie de prison, Truhill tente brièvement de subsister en vendant de la marijuana à New York[1]. En 1961, il se rend à Cuba, où il rejoint les rangs des forces armées cubaines[1],[11].

Fondation de la Peyote Way Church of God

Durant les années 1960, il se lie d'amitié avec le psychologue de Harvard et pionnier du LSD Timothy Leary, qui compte parmi ses disciples[1],[3], et participe aux activités de la League for Spiritual Discovery (en) à Millbrook (New York)[3]. Il quitte la Native American Church en 1966 pour mettre en place sa propre organisation, la Church of Holy Light, à la suite de la décision de la Native American Church de restreindre l'usage du peyotl aux personnes justifiant d'au moins 25 % de sang autochtone américain, sous pression du gouvernement fédéral américain. Trujillo rejette cette restriction au nom d'un accès universel au sacrement[5],[12].

En 1977, sous le nom d'Immanuel Pardeahtan Trujillo, il fonde avec Anne Zapf et Matthew Kent la Peyote Way Church of God à Klondyke (Arizona) (en), une église intégrant l'usage du peyotl dans ses cérémonies religieuses[1],[3],[13], en continuation de la Church of Holy Light[12]. Elle est officiellement enregistrée comme organisation à but non lucratif en 1981[3]. L'organisation vend de la poterie et propose, en échange d'un don, le cadre et le thé de peyotl nécessaires à la pratique du spirit walk, une retraite solitaire en plein désert au cours de laquelle le participant ingère du peyotl dans un but de cheminement spirituel[1]. Elle repose sur un syncrétisme entre le peyotisme et les enseignements de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, tradition qui remonte à l'Oto Church of the First-Born fondée en 1914 par Jonathan Koshiway, ancien évangéliste mormon. Le peyotl y est interprété comme une herbe médicinale sanctionnée par la section 89 du livre des Doctrine et Alliances[5],[14]. La Peyote Way Church of God reprend également la structure ecclésiastique de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (apôtres, diacres (en)) et sa notion de révélation divine personnelle (en)[14].

Peyotl.

Trujillo est à plusieurs reprises impliqué dans des affaires judiciaires relatives à la possession de peyotl[5] et remporte plusieurs procès contre les autorités locales qui cherchent à interdire l'usage religieux du peyotl[1]. Dès 1967, il est poursuivi à Denver pour possession illégale de peyotl, mais acquitté après avoir établi que cette possession relevait de la pratique religieuse. En 1986, il est arrêté pour excès de vitesse et est de nouveau mis en cause après qu'un officier de police découvre un bouton de peyotl en sa possession, qu'il place aussitôt dans sa bouche, « en guise de prière ». Il est relâché le jour même et le jury rend un verdict de non-culpabilité, le droit de l'Arizona protégeant l'usage du peyotl dans le cadre d'une pratique religieuse sincère, sans distinction de race[5].

Il est également le fondateur de Mana Earthenware, atelier de poterie situé dans la vallée d'Aravaipa Canyon, dans le sud-est de l'Arizona, développé en partenariat avec Anne Zapf et Matthew Kent. Certaines des pièces de l'atelier intègrent les collections autochtones américaines de la Smithsonian Institution[2].

Mort

Trujillo meurt dans son église le 24 juin 2010[3],[13],[15].

Bibliographie

Références

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Ross 2026
  2. a b c d et e (en + es) Renee Fajardo, « Immanuel Trujillo's legacy of Mana Pottery / El legado de Immanuel Trujillo: Mana Pottery », La Voz Nueva, vol. XXX, no 23,‎ , p. 15-16 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  3. a b c d e f g h i j et k (en) Eric Tsetsi, « Heavenly Trip: Inside the Peyote Way Church of God » Accès libre, sur Phoenix New Times, (consulté le )
  4. a b et c Coogan 1999, p. 423-424
  5. a b c d et e Rigal-Cellard 1995
  6. a et b Coogan 1999, p. 443
  7. Coogan 1999, p. 424-425
  8. Coogan 1999, p. 424
  9. Coogan 1999, p. 444-445
  10. a et b Coogan 1999, p. 444
  11. a et b Coogan 1999, p. 445
  12. a et b Shields 2021, p. 836
  13. a et b (en) Steven Fernandez, « From The Fringe: The Peyote Way » Accès libre, sur Remix Magazine, (consulté le )
  14. a et b Shields 2021, p. 837-838
  15. (en) « Immanuel Trujillo » Accès libre, sur The Peyote Way Church of God (consulté le )

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