Brichero

Un brichero est un séducteur professionnel de touristes au Pérou, qui pratique le bricherismo.

Historique

Le bricherismo s'applique au tourisme à Cuzco.

Les bricheros apparaissent au Pérou, à Cuzco[1], à la fin des années 1970[2],[3], alors que le pays est en guerre civile mais commence à attirer des touristes. L'objectif principal des premiers bricheros est de séduire des femmes pour pouvoir émigrer[2],[4]. Dans les années 1990 et 2000, le bricherismo cherche à obtenir des contreparties, sans quitter la région : relations sexuelles, repas et nuits à l'hôtel, cadeaux prennent la place de l'émigration[4]. Il s'agit donc de relation amoureuse ou sexuelle avec des touristes dans le but d'obtenir un bénéfice matériel, culturel, symbolique ou sexuel, sous la forme d'une romance de vacances sans négociation claire[1].

Souvent, le bricherismo passe par une exagération de l'exotisme[5] ; les touristes sont des gringas, des Européennes aux cheveux, yeux et peau clairs[1].

Dans les années 2020, les bricheros sont actifs dans les régions touristiques des Andes et dans des quartiers comme celui de San Blas à Cuzco[3]. Des femmes bricheras commencent à adopter une activité similaire, dont les détails diffèrent de ceux des hommes[1].

Le terme bricheros est dérivé de l'anglais bridge, pont, symbolisant le lien entre les deux cultures[2]. Il est utilisé pour la première fois dans la littérature péruvienne en 1989 par Mario Guevara Paredes[1].

Concept

Dans des villes touristiques où la population locale et les touristes ont de fortes disparités de niveau de vie, des groupes d'hommes s'organisent dans les villes touristiques pour séduire des voyageuses dans l'objectif d'obtenir des contreparties[4]. Parfois, ils peuvent aussi travailler auprès des voyageurs hommes, et il y a aussi des femmes bricheras[2]. Ils s'inscrivent dans le stéréotype du latin lover[2]. Souvent, ils servent également de guide touristique au cours de l'aventure, accompagnant la voyageuse dans ses expériences et ses visites et lui racontant des histoires traditionnelles[3].

Leurs techniques de séduction sont très codifiées[4]. Des sous-groupes distincts sont formés en fonction de l'ethnicité et des caractéristiques économico-sociales des individus[2]. Souvent, les bricheros vivent dans des auberges de jeunesse et ont une autre activité d'artisanat traditionnel ou de guides touristiques[4],[1].

Stratégies de séduction

Motivations des voyageuses

Les femmes blanches sont très valorisées au Pérou, en plus d'avoir un pouvoir d'achat largement supérieur à la population locale, et se sentent puissantes et aimées[4]. Leur voyage est motivé par une quête d'authenticité et une volonté de retrouver une société traditionnelle avec un mode de vie ancestral[2]. Elles peuvent voyager en quête d'une société où les rapports humains sont plus traditionnels que dans une Europe vécue comme froide et mécanisée[2].

Représentation du « dernier Inca »

Le groupe des waykis (« frère d'un homme ») se base sur une mise en valeur du néo-indianisme et du cliché du « dernier Inca » : surjouer l'exotisme et la spiritualité inca, raconter les mythes andins, partager les histoires de la Pachamama et la consommation de l'ayahuasca[2],[4].

Il s'agit généralement de jeunes hommes urbains actifs dans l'industrie touristique avec l'artisanat, la musique, le cirque, le monde de la nuit ou le trafic de drogue[2].

Ils portent des vêtements et bijoux issus de cultures andines et amazoniennes et bénéficient d'avantages venant de leur physique « incaïque » : peau foncée, cheveux bruns, longs et lisses, tatouages et bijoux ethniques, visage émacié[2]. Ce cliché est beaucoup plus commun que celui du beach boy plus caribéen, bien que ce groupe soit actif sur les plages du Nord du Pérou[1].

Ils peuvent s'hybrider avec des marqueurs New Age ou de la mouvance reggae dont les dreadlocks, ou encore de l'esthétique punk, afin de paraître plus présentables et atteignables pour les visiteuses[2].

Érotisation de l'inégalité

Les voyageuses expérimentent plusieurs interdits, dont la prise de drogues hallucinogènes comme l'ayahuasca : libérées des contraintes de leur société et du regard de leur entourage, elles expérimentent un autre rapport au genre et à la sexualité[2]. En parallèle, les hommes bricheros, relativement pauvres en capital économique et symbolique, peuvent s'affranchir de la masculinité dominante et au contraire séduire des femmes de statut bien plus élevé[2], là où ils ne pourraient absolument pas avoir de relations avec des Péruviennes blanches[5].

Souvent, les touristes sont plutôt marquées à gauche et diplômées et ne souhaitent pas être accusées d'exotisation : elles se déculpabilisent de leur néocolonialisme perçu en payant les invitations et en faisant des cadeaux dont profitent les bricheros[4]. Les bricheros jouent parfois sur cette accusation de façon stratégique, adoptant un discours militant anticapitaliste et un mode de vie alternatif et décolonial pour obtenir un profit économique plus important[2]. Cette stratégie se retrouve aussi au Sénégal, et l'anthropologue Christine Salomon la qualifie d' « érotisation de l'inégalité »[2].

Assimilation au tourisme sexuel

L'activité des bricheros relève en partie du tourisme sexuel, mais n'y appartient pas pleinement : l'échange marchand n'est jamais explicité et les voyageuses ne partent presque jamais au Pérou avec un but d'érotisme[4].

Pour les bricheros, la source de revenus créée n'est pas le seul avantage : un statut social vient du fait d'avoir des relations avec des personnes blanches, dans une société où la couleur de peau est très importante. Le bricherismo n'est presque jamais la source de revenus principale[5].

Notes et références

  1. a b c d e f et g Juliette Roguet, Jouir de l'exotisme : Enquête auprès des séducteurs professionnels de touristes au Pérou, La Découverte, , 238 p. (ISBN 978-2-348-08055-5), p. 5-27.Voir et modifier les données sur Wikidata
  2. a b c d e f g h i j k l m n o et p Juliette Roguet, « Le bricherismo et les fantasmes de l'exotisme. », Traits-d'Union, la revue des jeunes chercheurs de Paris 3, le stéréotype: la fabrique de l'identité? no 7,‎ (lire en ligne Accès libre [PDF], consulté le )
  3. a b et c Juliette Roguet, « Bricherismo in the Peruvian touristic places: the shape of gender in asymmetrical and intercultural encounters », Alternautas,‎ , p. 10 (lire en ligne Accès libre [PDF], consulté le )
  4. a b c d e f g h et i Jessica Gourdon, « Les séducteurs professionnels de jeunes touristes, ou comment amour et jeux de pouvoir se mêlent sous les tropiques », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  5. a b et c « Qui sont ces hommes qui ont fait de la séduction des touristes un véritable métier ? - Edition du soir Ouest-France - 05/11/2025 », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

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