Birth Control Handbook
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Le Birth Control Handbook est un livre canadien traitant de contraception et d'avortement. L'ouvrage est d'abord publié en à Montréal par deux étudiants de l’Université McGill, Donna Cherniak et Allan Feingold[1]. Bien qu’il fût alors illégal de diffuser de l’information sur la régulation des naissances, le manuel connaît un vaste succès auprès de communautés anglophones et francophones, répondant alors à un important besoin d’éducation sexuelle[2].
Contexte historique
Situation légale au Canada dans les années 1960
Au Canada, dans les années 1960, l’avortement, illégal depuis 1869[3], était passible de la prison à vie pour quiconque aidait une femme à interrompre une grossesse, et deux ans pour la femme elle-même[4]. Les contraceptifs et la diffusion d’information à leur sujet étaient criminalisés depuis 1892[3]. En 1960, le gouvernement canadien autorisait la vente de la pilule contraceptive, mais seulement comme outil de planification familiale ou traitement médical. Cela n’empêchait pas de nombreuses femmes de s'en procurer en mentant sur leurs symptômes ou grâce à des médecins compréhensifs[5].
Contexte culturel québécois et canadien
Durant les années 1960, en Amérique du Nord, on observe un changement des comportements sexuels des jeunes et une légitimation des relations sexuelles prénuptiales[2]. La situation au Québec était particulière. D'un côté, la Révolution tranquille amenait des changements radicaux dans la structure familiale[2] et la morale sexuelle. De l'autre, la religion catholique influençait encore. Les mesures politiques et religieuses antérieures, imposant aux femmes une fécondité active[4], avaient marqué la culture. Même si la position du clergé s’adoucissait[6], discuter de contraception restait tabou. L’inaccessibilité de la contraception et la honte des grossesses non désirées poussaient nombre de femmes à avorter en secret ; on estimait alors jusqu’à 25 000 avortements clandestins par an au Québec. Les méthodes étaient souvent dangereuses : en 1966, au Canada, les complications liées à l'avortement représentaient la première cause d’hospitalisation chez les femmes[7]. La mise en danger des femmes et la réticence des institutions face aux droits reproductifs reflétaient alors un contexte que l’on peut considérer d’antiféministe.
Milieux universitaires
Alors que les services de santé universitaires, suivant la loi, ne fournissaient des contraceptifs qu’aux couples mariés ou fiancés, la question de l’accès à la contraception devint un enjeu de sécurité[2]. Portées par la culture de protestation étudiante de gauche de l’époque[2], les revendications pour les droits reproductifs des femmes s’imposèrent dans les universités. Ces revendications étaient souvent féministes, car il était question de libérer les femmes en leur offrant le contrôle de leurs fonctions reproductives[2], en défiant les normes sexuelles et en questionnant le parcours de vie « normal »[6]. Cependant, le sujet ne faisait pas l’unanimité, certaines féministes craignant une montée de l’objectification des femmes[2].
Création du livret
Donna Cherniak et Allan Feingold étaient des étudiants membres du McGill Students’ Society. Ils participèrent à la création du Contraception Committee[7] qui produisit avec deux médecins un manuel de santé reproductive. Il s'agissait d'une initiative qui s'inscrivait dans une série d'autres de ce comité alors influencé par le mouvement étudiant de la Nouvelle Gauche[2]. Cet acte de désobéissance civile a créé un précédent rendant la contraception plus accessible à McGill[8]. Il a fourni à la communauté étudiante un texte à la fois instructif et militant, devenant ainsi un exemple fort d’éducation par les pairs[2].
Contenu du livret
Santé sexuelle et systèmes reproducteurs
Le livret contient plusieurs sections tout orientées sur la santé sexuelle féminine et sur la sexualité globalement. Il contient une section sur l’avortement, les systèmes reproducteurs féminins, le sexe, les méthodes de contraception, les maladies transmises sexuellement et les grossesses. Il présente les systèmes reproducteurs féminin et masculin, le cycle menstruel et la sexualité durant les menstruations, les hormones, la ménopause, les orgasmes et les positions sexuelles. Une section est réservée à la présentation de méthodes contraceptives. Ces nombreuses formes de contraception sont expliquées et comparées en termes d’efficacité[9].
Avortement
Le Birth Control Handbook présente une description des quatre méthodes sécuritaires qui existent pour se faire avorter. Il donne des outils et des façons pour les femmes de trouver de l’aide pour avoir recours à un avortement. Il est composé d’une liste d’outils et de substances qui ne sont pas conformes à utiliser lors d’un avortement[9].
Infections transmises sexuellement
Les maladies transmises sexuellement sont présentées afin de faire de la prévention auprès des femmes. On y retrouve une description plus précise de deux ITSS dont la syphilis et la gonorrhée. Cette description permet de savoir comment obtenir un diagnostic et leur traitement respectifs[9].
Réception et impact
Réception par le public
Le livret devient très populaire, une distribution massive d’exemplaires, plus d’un demi-million, se fera à travers le Québec, le Canada et même les États-Unis. En 1971, c’est la publication la plus vendue au Canada pour cette année. Il eut un grand succès parmi les jeunes, surtout chez les femmes, où elles retrouvaient en lui un guide avec des outils et plusieurs notions pratiques[1].
Réactions institutionnelles
La réaction dans les milieux religieux est double, d’une part elle critique et de l’autre elle accepte. Le « Winnipeg Statement » met en évidence l’adaptation de l’Église au contexte social en évolution. Il y est affirmé une ouverture à la contraception artificielle sous le motif de la conscience. Cependant, d’autres milieux religieux ne seront pas d’accord avec les nouvelles souplesses de l’Église. Ils vont donc s’opposer et bannir le Birth Control Handbook, qui serait un danger pour la stabilité de leurs fondements et leurs croyances[10].
Héritage militant
La création de la fondation des Presses de la Santé de Montréal est un collectif féministe à but non lucratif qui commence officiellement son activité en 1972. Tout comme le Birth Control Handbook, elle aide les femmes à obtenir des informations sur la sexualité et la santé sexuelle. Deux des étudiantes ayant rédigé le livret sont des membres fondateurs des Presses de la Santé de Montréal. Elle présente des brochures abordables en français et en anglais, 15 millions d’exemplaires seront vendus durant ses 30 années d’existence[11].
Influence sur les droits reproductifs au Canada
L'avortement au Canada est légalisé en 1988, mais plusieurs militent bien avant pour l’accès à des cliniques médicales pour les avortements. En 1973 à Montréal, le médecin Henry Morgentaler rend public le fait qu’il a réussi plus de 5 000 avortements d’une façon efficace et sécuritaire. Sa clinique deviendra très populaire et il en ouvrira deux autres, une à Winnipeg et une à Toronto[12].
Références
- Francine Descarries, « 1968 - Birth Control Handbook », sur Ligne du temps de l’histoire des femmes au Québec, [s.d.]
- (en) Christabelle Sethna, « The evolution of the birth control handbook: from student peer-education manual to feminist self-empowerment text, 1968-1975 », Canadian bulletin of medical history, vol. 23, no 1, , p. 89 à 96 (DOI 10.3138/cbmh.23.1.89)
- Linda Long, « Avortement au Canada », sur L'Encyclopédie canadienne,
- Mary F. Bishop, « Histoire de la régulation des naissances au Canada », sur L'Encyclopédie canadienne,
- ↑ Katrine Desautels, « La pilule a changé la vie des femmes il y a 65 ans, sa gratuité est encore un enjeu », L'actualité, (lire en ligne)
- Thomas Nadeau-Mercier, La pilule en débat au Québec : médecins, catholiques, féministes et utilisatrices (1961-1979) (mémoire de maîtrise), Québec, Université Laval, (DOI 20.500.11794/146963), p.34-72
- Catherine Pelchat, « Donna Cherniak et le petit manuel qui a révolutionné la sexualité des Québécoises », Le Devoir, (lire en ligne)
- ↑ (en) Emma Carr, « Looking back, moving forward: the McGill students who made contraception accessible », sur The Tribune,
- (fr + et + en) Donna Cherniak, « Birth Control Handbook », sur McGill online archives,
- ↑ (en) « Contraception, Catholicism and Canada: The Context and Content of the 1968 "Winnipeg Statement" », sur The Mirror- Undergraduate History Journal., avril 2024. (consulté le )
- ↑ « Montreal Health Press fonds - University of Ottawa - Archives and Special Collections », sur arcs-atom.uottawa.ca (consulté le )
- ↑ « Henry Morgentaler », sur thecanadianencyclopedia.ca (consulté le )
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