Al-Qabou

Al-Qabou
Mosquée Cheikh Ahmad al-Umari.
Géographie
Pays
Sous-district
Partie de
Superficie
3,8 km2
Altitude
760 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
260 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
68,4 hab./km2 ()
Histoire
Événement clé
Dépeuplement
22-23 octobre 1948[1]
Carte

Al-Qabou (arabe : القبو) également transcrit Al-Qabu ou Kabou, est un village palestinien situé à 12 kilomètres à l'ouest-sud-ouest de Jérusalem[2].

Il est expulsé à la fin de la guerre de Palestine de 1948 comme des centaines d’autres villages, les 22-23 octobre 1948[3],[4], puis définitivement en mars 1949. Après la création d'Israël, les maisons du village sont détruites par l'armée israélienne en mai 1949. En 1950, le moshav de Mevo Beitar s'installe sur ses terres.

Toponymie

Selon Palmer, le nom d'al-Qabou signifie la voûte ou le cellier[5]. Ce nom est une variation en arabe sur le nom romain du site.

Géographie

Colline d'al-Qabou en 2023.

Al-Qabou était situé au sommet d'une colline aux pentes raides sur trois côtés. Une route secondaire qui passait au sud le reliait à la route prinxipale entre Bayt Jibrin et Jérusalem[6]. Il se trouvait à environ 777 mètres d'altitude[2]. Les villages voisins étaient Al-Walaja au nord, Battir à l'est, Houssane au sud, Wadi Fukin au sud-ouest et Ras Abu 'Ammar (en) au nord-ouest[7].

Selon les Statistiques de Village de 1945, la superficie totale des terres d'al-Qabou était de 3806 dounams (3,8 km²)[8] dont la totalité appartenait à des Arabes, sauf 5 dounams (un demi-hectare) de terres publiques[2]. Moins de la moitié de ces terres étaient cultivables[2]. En 1944-45 1233 dounams (123 hectares) étaient classés comme terres céréalières, 436 dounams (44 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou vergers. Les oliveraies occupaient une trentaine de dounams (trois hectares)[9],[10].

Deux khirbats se trouvaient à l'est du village. Un ancien canal subsistait également[2].

Histoire

Sous l'Empire romain, le lieu est appelé Qobi ou Qobia[11]. Il est mentionné dans le Rouleau de cuivre, un des manuscrits de la mer Morte, et dans le Talmud[12],[13]. Le village, qui disposait de deux sources, était situé au dixième mill romain sur la route construite entre Bayt Jibrin et Jérusalem sous l'empereur Hadrien[11],[14].

L'église en ruines est inspectée par une équipe du Palestine Exploration Fund en 1873 et la date des Croisades[15]. D'autres chercheurs, comme le bénédictin Dom M. Gisler qui la visite en 1939[14] la date de l'Empire byzantin[16]. Une fouille de l'Autorité des antiquités d'Israël de conclue qu'elle est construite en deux phases, la première byzantine et la seconde sous les Croisés. Quelques fresques murales datent de cette dernière époque[17].

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1838, al-Qabou était un village musulman du district d'al-Arqub[18] situé dans une région de montagnes rocailleuses[19].

Le village est appelé el Kabu sur la carte de la Palestine de Kiepert (en) publié en 1856[20].

Région d'al-Qabou dans les années 1870.

En 1863, Victor Guérin passe à proximité de Kabou, perché « comme un nid d'aigle » où il ne monte pas. Il voit la source du village, A'in el-Kabou, qui sort d'un canal ancien et irrigue les jardins du village : légumes, figuiers, orangers et citronniers y étaient cultivés[21]. Une liste de villages ottomane de 1870 recense une population masculine de 28 habitants dans 18 maisons, les femmes n'étant pas recensées dans ce document[22],[23].

En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit le village comme étant de taille modeste, situé au sommet d'une colline et aux maisons de pierre. Il mentionne également une église en ruines au sud-ouest du village, dans la pente de la colline, et deux sources dans la vallée, à l'ouest[24].

Le village avait une forme rectangulaire, dans une direction nord-sud le long d'une route secondaire. Quelques petites boutiques se trouvaient autour de la place centrale. al-Qabou avait aussi un maqam (sanctuaire) consacré à cheikh Amad al-'Umari, construit au sud-est du village[3].

Mandat britannique

En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Qabou est conquise entre fin novembre et début décembre 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, al-Qabou a une population de 139 habitants, tous musulmans[25] qui augmente au recensement de 1931 à 192 habitants, tous musulmans, dans 31 maisons[26].

Les habitants consommaient l'eau de plusieurs sources qui se trouvaient autour du village, dont Ayn Tuz et Ayn al-Bayada[9]. Il y avait une autre source proche, Ain al-Sharqiya, soit « la source de l'est »[27].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population d'al-Qabou est estimée à 260 habitants, tous musulmans[28],[8].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Joseph Tabenkin (en), commandant de la brigade Harel, responsable du nettoyage ethnique d'al-Qabou.

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, al-Qabou est attribué à l’État juif, à la limite de l'État arabe[7].

Durant la guerre, le village change apparemment plusieurs fois de mains[9]. L'histoire officielle de la Haganah indique qu'un bataillon de la brigade Harel pénètre au village le 21 octobre [2], Morris écrit que le village est dépeuplé une première fois les 22-23 octobre[1]. L'opération Hahar avait pour but de s'emparer de villages au sud du corridor reliant Jérusalem à la côte[2].

Cependant, en mars 1949, l'armée israélienne lance une série d'attaques vers l'est autour d'al-Qabou, afin de gagner plus de territoires, d'expulser des Palestiniens vers l'est en créant des faits accomplis avant une enquête de l'ONU sur les positions israéliennes et jordaniennes[29]. Malgré ses ordres, l'officier de liaison israélien auprès de la mission de l'ONU sur du mal à expliquer aux observateurs de l'ONU que les combats étaient provoques par des incursions arabes[30]. En réalité, les troupes israéliennes avaent reçu l'ordre de s'emparer d'al-Qabou, Khirbet Sanasin, al Jab'a et Khirbet al-Hamam, même si cela supposait un affrontement avec l'armée jordanienne[31].

Pendant ces opérations, la brigade Kiryati s'empare de plusieurs sommets et nettoie la zone des Palestiniens. L'unité, équipée de mitrailleuses et de mortiers, avait pour ordre « d'abattre tout [homme adulte] dans la zone mais d'épargner les femmes et les enfants »s[32]. L'opération permet à Israël de gagner quatre villages et ainsi de placer la totalité de la ligne Jaffa–Jérusalem (en) des chemins de fer de Palestine en territoire israélien[2].

Période israélienne

Le site d'al-Qabou transformé en aire de promenade sous Israël.
« Quelques marches de pierre descendent vers l'entrée sous arc de la source d'Ayn al-Qabou ».

Après la signature de l'accord d'armistice avec la Jordanie, le 3 avril, la question des habitants d'al-Qabou et d'al-Walaja se pose, puisqu'ils revenaient progressivement (voir infiltrations de Palestiniens). Les deux villages étant dans le territoire israélien selon l'accord d'armistice, Israël les voulait, mais vides d'habitants. Le 1er mai 1949, l'armée israélienne effectue un raid sur les deux villages et détruit les maisons. Le rapport israélien dit que les habitants ont fui[4].

En 1950, le moshav de Mevo Beitar est créé sur les terres d'al-Qabou[9]. Selon Petersen, parmi les restes du village palestinien, on trouve l'église, une mosquée et le maqam de cheikh Ahmad al-Umari. La mosquée est de forme carrée, dotée d'une cour, et construite en partie avec des pierres tirées de l'ancienne église [33].

Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsistait d'al-Qabou en 1992 : « Le site regorge de ruines et de vestiges des maisons du village. Des oliviers, des amandiers et des pins y poussent. Le cimetière est visible au sud-est. On distingue sept tombes, des os dépassent de celles qui sont ouvertes. La mosquée est toujours debout, abandonnée et négligée. Un bassin muni de marches se trouve dans sa cour. Il y a trois puits à l'arrière de la mosquée. Le maqam (sanctuaire) de cheikh al-Umari se dresse au milieu d'un réseau de canaux d'irrigation. Quelques marches de pierre descendent vers l'entrée sous arc de la source d'Ayn al-Qabou. La plus grande partie des terres sont couvertes d'une forêt plantée par Israël »[2].

Notes

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Al-Qabu » (voir la liste des auteurs).

  1. a et b Morris 2004, village #348. Il donne également la cause du dépeuplement., p. xx.
  2. a b c d e f g h et i « al-Qabu — القَبُو », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 14 juillet 2026.
  3. a et b Khalidi 1992, p. 307-308.
  4. a et b Morris 2004, note 111, p. 520.
  5. Palmer 1881, p. 297.
  6. Khalidi 1992, p. 307.
  7. a et b Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  8. a et b Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 58 « https://web.archive.org/web/20181103095254/http://www.palestineremembered.com/download/VillageStatistics/Table%20I/Jerusalem/Page-058.jpg »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), .
  9. a b c et d Khalidi 1992, p. 308.
  10. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 103 « https://web.archive.org/web/20160303175020/http://www.palestineremembered.com/download/VillageStatistics/Table%20II/Jerusalem/Page-103.jpg »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), .
  11. a et b Tsafrir, Di Segni, Green, 1994, p. 209. Cité par Petersen, 2001, p. 248 « https://web.archive.org/web/20161010172730/http://archive.org/stream/surveyofwesternp01conduoft »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), .
  12. Babylonian Talmud, Sanhedrin 95A; Rouleau de cuivre 269:33.
  13. Michael Avi-Yonah, « Gazetteer of Roman Palestine », Qedem, vol. 5,‎ , p. 89 (ISSN 0333-5844, lire en ligne)
  14. a et b Pringle, 1998, p. 156
  15. Conder, Kitchener, 1883, SWP III, p. 100. Cité par Pringle, 1998, p. 157.
  16. Pringle, 1998, p. 157.
  17. בועז זיסו et דני וייס, « עין קובי: דוח סופי », Hadashot Arkheologiyot: Excavations and Surveys in Israel / חדשות ארכיאולוגיות: חפירות וסקרים בישראל, vol. 120,‎ (ISSN 1565-043X, JSTOR 26592562, lire en ligne)
  18. Robinson Smith, 1841, vol 3, 2nd appendix, p. 124
  19. Robinson and Smith, 1841, vol 2, p. 326.
  20. Kiepert, 1856, Map of Southern Palestine
  21. Guérin, 1869, p. 384-385
  22. Socin, 1879, p. 155.
  23. Hartmann, 1883, p. 144-145.
  24. Conder, Kitchener, 1883, SWP III, p. 25. Cité par Khalidi, 1992, p. 307.
  25. Barron, 1923, Table VII, Sub-district of Jerusalem, p. 14.
  26. Mills, 1932, p. 42.
  27. Palmer 1881, p. p. 282.
  28. Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 25.
  29. Morris 2004, p. 519.
  30. Morris 2004, note 105, p. 519-520.
  31. Morris 2004, note 106, p. 520.
  32. Morris 2004, note 109, p. 520.
  33. PAM (=Palestine Antiquities Museum) File 154, Cited in Petersen, 2001, p. 248 « https://web.archive.org/web/20161010172730/http://archive.org/stream/surveyofwesternp01conduoft »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), .

Bibliographie

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